L’art et le beau (1/2)

Marina Abramovic

Marina Abramovic

Baigneuse assise sur un rocher, Renoir

Baigneuse assise sur un rocher, Renoir

Qu’est ce que c’est que le beau ?

Est-ce seulement subjectif ?

Y a t-il une certaine beauté objective ?

Pourquoi le beau n’est parfaitement explicite que par et dans la connaissance ?

     Bien souvent, le beau (en tout cas ce qui est jugé comme tel) est relégué à une pure subjectivité seule maîtresse de l’appréciation de tel ou tel élément, de telle ou telle œuvre. Le beau ainsi défini englobe indifféremment l’ensemble des sentiments humains face à une diversité d’objets pouvant recevoir un jugement, et n’établit aucune différence de degrés sur ce qui est jugé comme beau. Tout semble beau en fonction de l’avis de chacun, avis faisant appel ou non à quelques connaissances « supérieures ». Dans un relativisme débordant, le subjectivisme s’érige comme seul juge de la beauté et oublie que les dispositions et orientations naturelles des individus poussent chacun d’entre nous vers une forme de beau unique.

     Entre une œuvre de Léonard de Vinci, de Manet, Renoir etc… et une œuvre de Gina Pane ou même encore Marina Abramovic par exemple, il y a manifestement une différence au niveau de la qualité de la représentation et de ce qu’elle produit sur nous. Cette différence semble être le seul point qui permet à ces œuvres de notre siècle moderne de prétendre au titre d’« œuvre d’art », et l’auteur de ces œuvres au titre d’« artiste ». Pourtant, il y a dans les premiers cas une recherche d’un beau porteur, un génie que l’artiste déploie à travers la matière. Et dans l’autre cas, nous sommes face aux profonds malaises d’« artistes » qui prétendent à un génie qu’ils n’ont pas, à un retour aux instincts primitifs qui s’érigent comme norme sous l’égide du mot « art », artistes qui bafouent voire insultent ce que l’art touche de l’Homme lorsqu’il se déploie vers le Beau dont la définition semble aujourd’hui poussiéreuse.

      Je présenterai ici quelques pistes de réflexions sur ce vaste sujet qui impliquent de nombreuses notions.

     Le beau objectif comme représentation adéquate avec le sentiment de l’artiste et la matérialisation de ce sentiment.

     Le beau est une exaltation de la forme, le beau se réalise à travers la matière qui, par les mains de l’artiste, prend forme et explicite sa pensée. En ce sens, en tant que cette réalisation est en conformité avec ce qu’il souhaite exprimer, le beau a une certaine objectivité pour l’auteur. Ainsi, l’œuvre d’art sera dite belle si le sentiment qui se dégage de cette œuvre est en conformité avec ce qu’a voulu exprimer l’artiste.

     Le beau subjectif comme réalisation et expression d’un sujet qui touche un autre sujet.

     Le beau conserve sa subjectivité puisqu’il est l’expression d’un sujet réalisant un objet. Il est une forme de synthèse entre ce que pense l’artiste et ce qui est explicité de sa pensée. Par cet aspect, le beau a une part subjective par son rapport à l’artiste mais aussi par rapport au spectateur qui face à l’œuvre va être séduit et poussé, peut-être, à aller plus loin que la beauté de la réalisation.

     Le beau objectif et la matière, le rapport à la nature, l’authenticité de la représentation, la notion d’agréable, l’harmonie, la portée du beau.

     Le beau donne un nouveau sens à la matière qui, par l’équilibre des formes, dégage quelque chose d’agréable pour le sujet. [ Toutefois, l’agréable étant ce qui plaît, le laid aussi peut-être dit agréable dans un plaisir malsain. Notons que l’agréable ici a le sens de ce qui procure un plaisir sain par une beauté réelle qui renvoie à cette particularité de l’Homme d’être fait pour le beau. ] Le beau répond à une certaine harmonie, une composition quasiment mathématique (exemple du nombre d’or), voir géométrique (lignes, point de fuite etc…) et acquiert par là même une objectivité. Il n’est pas relatif à n’importe quel agencement avec n’importe quelle matière et demande de respecter certaines règles de l’art. De plus, par la recherche d’une certaine unité, l’artiste, à travers la matière, va tendre vers quelque chose de beau. Cela peut renvoyer à la recherche d’un objet perdu et recherché par l’art.

     Aussi, le beau renvoi à la notion de mimesis développée chez Platon et qui signifie l’imitation d’objets des Hommes, de la nature, du monde. Perçue de manière plutôt négative dans la philosophie platonicienne en tant que cette imitation nous détourne des réalités vraies, elle est un moyen de connaissance chez Aristote. En imitant les arts de la nature, l’art à travers le beau, va nous apprendre quelque chose de cette nature, nous pousser vers la connaissance des réalités sensibles et à travers elles, des réalités intelligibles. Pour revenir à la notion de mimesis chez Platon, le beau se retrouve dans un plaisir qui recherche l’unique au delà du multiple, il recherche l’harmonie et la vérité de la représentation. L’imitation peut avoir une part de beauté en fonction de cette vérité de la représentation. La représentation doit être en conformité avec la réalité ou un sentiment de la réalité, sentiment qui doit lui-même être une vertu (courage, sagesse etc…).

     Le beau matériel et celui naturel, la vérité de la représentation.

     Aussi, le beau n’est pas de même nature suivant qu’il est naturel ou fruit d’un travail humain. La beauté d’un paysage se distingue de celle d’une œuvre d’art représentant cette même nature. Dès lors, y a t-il une supériorité d’une beauté qui ne demanderait pas le travail de l’Homme ? La beauté d’un paysage est l’image direct d’une certaine harmonie, d’une agitation de cette harmonie (par une tempête par exemple) qui modifierait ce paysage de manière grandiose, impressionnante. Ce sont sans doute ces deux critères qui pousseraient à la beauté en tant qu’elle nous dépasse complètement. Quant à la représentation picturale de ce paysage il pourrait acquérir une valeur belle s’il est en conformité avec le paysage reflété, si l’impression de mouvement (image de la tempête) se dégage de l’œuvre et si la pensée du peintre est en adéquation avec sa réalisation. Ainsi, la beauté relève aussi de la vérité de la représentation. Il peut donc y avoir une sorte de dualisme entre l’objective beauté et la subjectivité face à cette même beauté.

     Le beau et son rapport à la qualité.

     De surcroît, le beau fait intervenir la propriété du bien, du vrai. Un poème peut être bien écrit d’un point de vue stylistique par exemple, mais est-il pour autant beau ? Ce qui est énoncé, est-ce porté vers le beau ? Son style harmonieux peut tout à fait faire l’éloge d’une mort douloureuse ou décrire tout autre sentiment emprunt de tristesse. Et l’on entendra souvent « C’est un beau poème. ». Peu diront « C’est un poème bien écrit. » faisant ainsi porter la qualité sur le style et non ou moins sur le sens. Il faut pourtant poser une distinction entre le fond et la forme. Trop souvent, les deux sont mélangés et l’on dit « C’est beau. ». On peut dire bien le mal comme on peut mal dire le bien, le beau.

      C’est l’harmonie (style, fluidité etc…) qui se détache d’un texte qui porte à confusion. Cette harmonie porte naturellement au beau universel : harmonie d’un visage, d’un paysage, d’un œuvre d’art, d’une musique, d’une phrase etc… Dans le cas d’un œuvre d’art et d’une phrase ont peut toutefois harmonieusement représenter une scène tragique, un sentiment triste. Dès lors, peut-on dire « C’est beau. » ? L’harmonie ne joue t-elle pas ici un double jeu portant sur la forme de la représentation, le style et la forme elle-même, le fond ? Et l’on dit que la chose est belle oubliant que l’harmonie ne fait pas tout. De même et inversement, le fond, nu, est insuffisant. On oublie souvent ces distinctions.

     D’un point de vue musical, la beauté s’explicite de manière plus objective car elle est relative à une harmonie, à un écart déterminé de tons, demi-tons etc… Sur une guitare par exemple, l’écart entre les frettes suit une distance mathématique. Les sons sont donc relatifs à un aspect mathématique qui, s’il est respecté, conduit à l’harmonie. Cette harmonie, non relative à n’importe quel agencement, produit un son agréable pour l’oreille.

      Aussi, le sentiment qui ressort d’une mélodie peut être source d’une qualification belle ou non. Prenons l’exemple de la gamme mineur qui a quelque chose d’inquiétant dans le son produit. La mélodie peut respecter une certaine harmonie tout en exprimant un sentiment triste. Ceci n’est pas quelque chose qui pousse à l’a beauté puisque c’est une condition privée de cette Beauté qui conduit à la tristesse. En revanche, il peut y avoir quelque chose de vrai dans le sentiment exprimé et la façon dont l’harmonie va réussir à le retranscrire de manière authentique.

      Souvent, la technique musicale s’érige en critère de beauté. Une chose est de savoir bien jouer, une autre est de jouer quelque chose de beau. L’enchaînement de gammes aussi rapide soit-il ne conduira pas à une beauté réelle. La dextérité est à différencier du beau et même du bien. On peut enchaîner un groupe de notes dis-harmonieuses avec aisance et pourtant le résultat sera désagréable.

     Mais, si l’on dit « Il joue bien. » c’est que l’on entend aussi quelque chose qui plaît à son oreille. L’harmonie, rappelons-le, réfère à la beauté universelle, harmonie d’un corps, d’une statue modèle d’un corps, d’un paysage etc… Il ne s’agit pas de mélanger le fond et la forme, ce que la musique signifie à travers la forme, aussi belle soit-elle. On peut dire « Il joue bien. » sous entendant que c’est beau (harmonieux), porté vers le beau et bien joué (dextérité)  résumant ainsi en une phrase toutes ces particularités ou dire qu’il joue bien sous-entendant juste la dextérité. Le beau appelle donc à la technique condition de mise en forme du beau.

     Le beau objectif trouve sa définition dans l’Homme et son rapport au Beau.

     La beau tient son objectivité en cela qu’il pousse à un épanouissement honnête de l’Homme, épanouissement personnel mais qui est aussi une relation de soi à soi, de soi à l’autre, de soi à Dieu. Le beau est l’expression d’une trace laissée en nous, trace du créateur sur sa créature. Le beau est l’expression d’une qualité personnelle, d’un don.

     Le beau et la connaissance

     Mais le beau ne va pas sans une certaine forme de connaissance : il demande une forme de savoir pour apprécier l’œuvre. Le beau s’éduque et construit notre rapport au monde. Face au beau, le spectateur construit ses propres expériences et apprend à connaître l’œuvre, ce qui a été explicité de l’artiste. La beauté a aussi une forme d’universalité. Sont souvent reconnues belles des œuvres qui plaisent à un nombre élevé d’individus.

     Chez Aristote, la notion d’imitation dans l’art conduit à une forme de connaissance des choses divines et pousse en dernier lieu à la contemplation. La notion de mimesis nous pousse à la connaissance des objets de la nature et de ceux divin. La beauté ne peut être décelée que par une forme de connaissance. Connaissance de ce dont une œuvre est l’expression, du sentiment figé dans les traits picturaux ou dans le marbre.

    L’éducation est un moyen pour atteindre la connaissance et trouver le beau. Mais, de même que la vertu entraîne la vertu selon Aristote, l’éducation au beau entraîne une appréciation de ce beau. De même que le palais est plus ou moins « fin » et permet d’apprécier une gastronomie plus ou moins bonne, le beau demande de connaître les objets beaux, avant d’avoir une idée du Beau universel. En matière d’art, le beau ne s’explicite que par et dans la connaissance car elle porte sur le sujet face à la matière, sur la façon dont cette matière va prendre une nouvelle forme, et la finalité de ce travail qui actu l’Homme dans sa dignité. La connaissance d’une certaine harmonie supérieure, d’un sens de l’observation des objets reconnu universellement beaux et du repérage du sens commun qui unifie les diverses beauté, permet de se tourner vers un beau objectif et non relatif à l’appréciation de chaque individu.

     Si aujourd’hui l’art dit beau peut se résumer à un tableau souillé de taches rouges ou à un empilement de boîtes de conserves c’est que l’homme tend à une auto-suffisance qui le confine à sa propre pauvreté. Ainsi, l’art doit élever l’Homme vers quelque chose qui le dépasse sinon l’œuvre d’art s’étouffe avec son propre artiste. Le signe d’une beauté objective est aussi cette forme de transcendance qui exprime une beauté qui ne peut-être que l’œuvre de l’Homme.

     En bref…

     Le beau possède une fonction subjective en tant qu’il passe par l’expression d’un sujet qui, à travers l’œuvre d’art fruit de son travail, touche et exprime quelque chose qui est en lui. L’objectivité de la beauté passe par une vérité, une authenticité de la représentation avec l’artiste mais aussi par la finalité de la beauté. Cela ne va pas sans une certaine connaissance des moyens à utiliser, de la matière, de ce qui est exprimé par l’artiste et par une connaissance d’une Beauté supérieure vers laquelle toute œuvre d’art objectivement belle par l’harmonie qui s’en dégage, l’épuration, l’unité et l’épanouissement qu’elle produit, doit se tourner.

     Articles à lire absolument :

Pour allez plus loin, prochain article :

« Les hommes d’art connaissent le pourquoi et la cause ».« L’art, c’est l ‘idea du travail à faire, l’idea qui existe dans la matière. »

4 réflexions sur “L’art et le beau (1/2)

    • Je trouve que cet art dit subversif est une sorte de retour à la petite enfance où l’enfant découvre qu’il peut aussi détruire ce qu’il a fabriqué tout fier de cette nouveauté. Il n’y a pas de réel intérêt en soi à cet acte mais juste un passage nécessaire pour que l’enfant s’affirme dans son caractère.

      Pour un adulte il y a un réel problème au niveau de la construction mentale de la personne, de sa capacité à une certaine maîtrise, à imposer une certaine pudeur…

      Il n’y dans cet art aucune aptitude spéciale qui se distingue de l’ordinaire en présentant quelque chose d’extraordinaire mais un trouble réel, factuel, de la personne justifié par le terme « art ». Quand certains font appellent à des médecins ou psychologiques face à de tels comportements, d’autres retournent à l’état « bac à sable » : intérêt sur-dimensionné pour les parties sexuelles (je pense notamment à Andres Serrano) qui passe aussi par un manque de pudeur dans cette phase d’apprentissage, incapacité à se mettre des limites dans les jeux, volonté de tout voir, tout faire etc…

      Il s’agit de voir la porté réelle de telles mise en scènes, photographies, représentations etc… et se demander si cela a un vrai intérêt positif pour l’individu lui-même et les spectateurs. Car les comportements triviaux ne représentent en rien quelque chose de bénéfique pour la société mais renversent un équilibre pour renverser l’équilibre sans réellement penser l’intelligence de l’acte lui-même.

      Il y a naturellement une certaine décadence dans cet « art » par le fait même qu’il ne cherche plus à être beau… Dans une société où on cultive le laid, le « plus immonde plus ça plaît » on ne cherche plus le beau mais le choc. C’est dire le niveau assez inerte des individus embourbés dans cette laideur. Peut-être qu’il serait tend de rechercher le beau pour sortir de cette morosité…

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  1. Mais justement si ces gens que tu considère comme « déséquilibrés » si ça leur apporte justement un certain équilibre de se défouler dans la création, création qui exprime une destruction mais justement qui étant une violence exprimée de manière artificielle (par l’artefact) n’en est pas une. Il faut parfois ce côté un peu excentrique, excentré pour créé et se différencier de ceux qui prennent le monde comme il est, mais heureusement, et là tu as raison il ne suffit pas d’être fou!
    Mais quand je lis ton commentaire, je pense que tu condamnes beaucoup de choses précieuses : l’art thérapie, tu condamnes aussi la valeur protestataire de l’art qui certes doit avoir un attrait, provoquer des sensations….mais on ne peut faire du beau, chercher un idéal dans une réalité qui nous inspire violence gratuite, méchanceté humaine.

    Si les arts ont évolué de cette façon c’est bien parce que la période de la première guerre et la seconde guerre mondiale ont reflété une image infâme de l’être et s’aurait été se leurrer, mentir au public que de continuer à faire dans le classicisme (que je ne renie pas, il y a de très belles oeuvres!) mais ce beau justement on ne pouvait le perpétrer dans une société qui nous a désillusionée, nous a inspiré cynisme et révolte. Et ça n’a pas apporté que des oeuvres-déchets, par exmple l’absurde qui s’imprègne de la collobarotion, de la destruction tant humaine que matérielle des ’40-45 a donné des oeuvres surprenantes et agréables à lire (beckett, ionesco..), le surréalisme aussi, a sondé un autre versant de la beauté, celle que l’on peut tirer de nos rêves, notre inconscient qui ne se réduit pas à ses instincts primaires, enfants, puisqu’il invente de nouvelles images à partir de ça, des oeuvres qui induisent, qui ébauchent la violence, le plaisir, une part du fond humain, sans être dans la pure débauche.

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  2. « Mais justement si ces gens que tu considère comme “déséquilibrés” si ça leur apporte justement un certain équilibre de se défouler dans la création, création qui exprime une destruction mais justement qui étant une violence exprimée de manière artificielle (par l’artefact) n’en est pas une. »

    Par définition, si quelque chose détruit alors il ne créer pas. Une personne qui a besoin d’une thérapie a besoin de se REconstruire et non de détruire. Il ne peut y avoir d’équilibre sain de l’individu en s’enfermant dans une violence quelle soit artificielle ou réelle. Car cette violence physique fait du caractère publique de la représentation quelque chose de normal. Or cette destruction n’est pas une norme mais un manque crucial d’un référent constructif.

    « Il faut parfois ce côté un peu excentrique, excentré pour créé et se différencier de ceux qui prennent le monde comme il est, mais heureusement, et là tu as raison il ne suffit pas d’être fou! »

    Le problème est que la différence, l’excentricité ne sont pas forcément un bon pour l’Homme. Il ne suffit pas d’être différent pour être différent. Être soi-même devrait suffire à marquer une différence propre à tout Homme et à s’affirmer dans son individualité. Quand cette différence nécessite d’être autant marquée c’est que l’individu a besoin d’une attention particulière, il a besoin que l’on s’intéresse à lui et en amont, c’est la marque d’un manque profond. Manque qu’il essaye de combler en publique mais qui est plus un appelle à l’aide qu’autre chose. Ou alors il s’agit d’une forme de fatalisme face à une situation qui ne semble pas avoir d’issue et qui, ainsi exprimée par cet « art », ne risque pas d’en avoir.

    « Mais quand je lis ton commentaire, je pense que tu condamnes beaucoup de choses précieuses : l’art thérapie, tu condamnes aussi la valeur protestataire de l’art qui certes doit avoir un attrait, provoquer des sensations….mais on ne peut faire du beau, chercher un idéal dans une réalité qui nous inspire violence gratuite, méchanceté humaine.  »

    Je ne condamne pas l’art thérapie. Mais l’art qui n’en est pas. Une thérapie a pour objectif la guérison non l’état stationnaire dans le malaise. Cette thérapie est un passage nécessaire, non un état où la personne s’enferme et se complet dans une sorte de mélancolie malsaine.

    L' »art » qui proteste pour protester et trouver ainsi une certaine « crédibilité » n’a pas sa place dans l’art dont il cherche à s’émanciper. Ce n’est pas de « l’art », juste une rébellion comme à l’adolescence où la personne cherche à s’affirmer en s’opposant. Ce n’est qu’avec une certaine maturité que cette opposition cesse. Il s’agit d’encourager cette maturité et d’y travailler, non de rester dans un caractère rebelle qui n’apporte rien pour lui-même.

    Si cette réalité t’inspire violence gratuite, méchanceté humaine c’est peut-être que tu n’as pas regardé l’amabilité gratuite, la sympathie humaine, c’est peut-être que cet « art » ne t’a pas montré autre chose. Car, pour « faire » du beau, il s’agit de le chercher et de le regarder. Et ce n’est pas en faisant du laid que l’on trouvera le beau et retournera à ce beau 😉

    « Si les arts ont évolué de cette façon c’est bien parce que la période de la première guerre et la seconde guerre mondiale ont reflété une image infâme de l’être et s’aurait été se leurrer, mentir au public que de continuer à faire dans le classicisme (que je ne renie pas, il y a de très belles oeuvres!) mais ce beau justement on ne pouvait le perpétrer dans une société qui nous a désillusionée, nous a inspiré cynisme et révolte. »

    Ces périodes ont évidement choqués nombre de gens et cela s’est ressentis dans l’art. En revanche, beaucoup d' »artistes » contemporain n’ont pas connu cette période… Sont-ils autant en manque d’inspiration pour rechercher les pires heures de l’Histoire comme sujet d’inspiration ?
    Et quand justement on atteint des moments très sombre de son existence, seul le beau peut nous porter à l’espérance. Et cette espérance ne naît pas dans le « ressassement » perpétuel du passé mais dans la construction d’un avenir meilleur. Il y a donc pleinement intérêt à perpétuer le beau dans ces périodes.

    « Et ça n’a pas apporté que des oeuvres-déchets, par exmple l’absurde qui s’imprègne de la collobarotion, de la destruction tant humaine que matérielle des ’40-45 a donné des oeuvres surprenantes et agréables à lire (beckett, ionesco..),

    L’absurde par définition n’apporte rien d’autre que de l’absurde, rien de constructif pour la raison, rien qui a du sens pour l’Homme. Les gens peuvent se retrouver dans de telles œuvres et tant mieux à condition que cela les mène vers une condition meilleure, c’est à dire que l’œuvre devient une thérapie, un médicament, et le spectateur une personne malade qui cherche à se soigner. Mais le vrai problème est que l’on s’embourbe dans cette maladie comme si elle était plus confortable que la santé. Et la santé s’entretient en vivant sainement…

    « des oeuvres qui induisent, qui ébauchent la violence »
    Ce que je remarque est que l’on est plus enclin à ébaucher la violence que quelque chose de sain. Une violence par définition est destructrice d’un ordre établit. Je ne vois pas l’intérêt de se complaire dans cette violence, violence dont on se plaint d’être omniprésente. Et la révolte , celle de l’art protestataire devrait justement protester contre cette violence et ce cynisme omniprésent dont tu parles en proposant son contraire : le beau. Il ne s’agit pas de dépeindre la violence pour se plaindre ensuite qu’elle est partout. Ou au contraire, il ne s’agit pas de déplorer la violence et de ne trouver comme alternative à cette dernière, qu’une œuvre elle aussi violente, qui n’ouvre aucune perspective nouvelle à la situation…

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