Même le silence a une fin

        « Je ne croyais plus aux coïncidences. Depuis mon enlèvement, dans cet espace de vie hors du temps, j’avais eu la possibilité de réviser les événements de ma vie avec la distance et la sérénité propres à ceux qui ont des jours en trop. J’en avais conclu que la coïncidence n’était que l’aveu de l’ignorance du futur. Il fallait être patient, attendre, pour que la raison d’être des choses devienne visible. Avec le temps les événements prenaient place dans une certaine logique et sortaient du chaos. Alors la coïncidence cessait d’exister. »

      Élu meilleur livre de l’année 2010 selon le magazine Le Point, Même le silence a une fin d’Ingrid Betancourt est le récit autobiographique de ses six ans et demi de captivité. Ce n’est pas seulement un recueil des événements subit et de l’horreur de la détention de la politicienne mais d’abord le récit d’un véritable calvaire où la nature humaine poussée dans ses derniers retranchements ou presque, révèle ce qu’elle a de plus vicieux ou au contraire de plus beau.

       Au fil des pages se dévoile les luttes des otages et celles d’Ingrid Betancourt qui garda pourtant une humanité bouleversante dans un monde privé de  « toute  liberté, celle de bouger, s’asseoir, de se lever, celle de parler ou de se taire ; celle de boire ou de manger ; et même la plus élémentaire, celles d’assouvir les besoins de son corps… ». Ce livre est aussi l’aveu des sentiments d’une femme envers la cruauté de ses bourreaux, l’animosité de ses confrères ou au contraire la bienfaisance d’hommes et de femmes qui se rappellent à leur dignité. Car si cette dignité fut de nombreuses fois bafouée, elle est, avec sa famille, ce qui maintint cette femme dans sa volonté d’être. Volonté de rester libre d’aimer à travers des petits riens matériels d’un quotidien très pauvre, volonté de se détacher peu à peu d’une haine poisseuse. Dans sa souffrance, elle est aussi ce qui l’a tourna dans une reconversion de toute sa personne vers une relation plus intime, plus profonde avec Dieu, Marie et le Sacré-Cœur. Et ce, grâce notamment à sa lecture de la Bible dont les écrits lui parlèrent d’une façon qu’elle décrivit comme particulière et propre à sa condition. C’est ainsi que I.Betancourt perçue, malgré ses révoltes devant sa situation et la dureté des épreuves, une manière de se rapprocher de l’essentiel et de trouver la force de se battre. Car la douleur ne passe pas mais traverse et laisse l’empreinte de son vécu. Elle fut un moyen de dépassement extrême pour l’otage qui puisa au plus profond de sa nature pour conserver sa dignité de femme, au sein d’une organisation où la misère humaine n’a d’égale que le malaise ambiant d’un pays, ravagé par les conflits politiques.

       A travers le point de vue de I.Betancourt se dévoile une sensibilité, une compassion, une force mentale et une foi qui apportèrent une certaine cohésion au sein du groupe des otages et particulièrement auprès des hommes où, sauf quelques exceptions, la nécessité de survivre provoqua une sorte de retour à des comportement parfois instinctifs. Mais c’est aussi le récit des faiblesses et des angoisses d’une fille, d’une mère et d’une femme au cœur de la jungle colombienne. Elle m’apparaît pourtant comme un modèle de féminité en tant qu’elle garda et joua son rôle de femme au sein des otages, reçut et accepta aussi une aide particulière due à sa faiblesse physique. Mais cette aide fut aussi mentale grâce aux messages de sa famille, les souvenirs matériels et la profondeur de l’amitié qu’elle entretint avec son ami Lucho, dont l’humour compta parmi les nombreux éléments qui « égaillèrent » ses journées.

       Un livre que je vous conseille donc de lire avec la retenue nécessaire aux récits autobiographiques. Il est d’une simplicité accessible à tous d’un point de vue de l’écriture mais n’empêche pas pour autant de faire ressortir la complexité des sentiments évoqués. Une véritable plongée au cœur de l’organisation des FARC et au cœur de l’intimité du vécu d’un otage, qui permet de mieux saisir les comportements qui se dévoilent dans des situations extrêmes, que ce soit dans un camps comme dans l’autre, où le risque de mourir étouffé dans la jungle est omniprésent. Mais c’est aussi un moyen de réflexion sur les rouages politiques, et plus particulièrement sur les pressions des groupes, le matraquage idéologique des FARC, guérilla communiste colombienne, et l’enrôlement des plus jeunes. Ingrid Betancourt nous permet d’approcher un monde à part en nous rappelant toujours avec humilité cette dignité propre à tout Homme, seule garante de notre humanité. Qu’importe les polémiques autour de ce personnage et les nombreuses rancœurs, les tentatives toujours plus hasardeuses des journalistes de démêler le vécu authentique de l’arrangement avec le réel, il demeure que les ressentis couchés sur le papier ont le mérite de nous interpeller sur notre essentiel et notre foi à nous…

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