L’hypersexualisation de notre société moderne

Qu’est ce que l’hypersexualisation ?

        L’hypersexualisation est un phénomène de société où le sexe est omniprésent à travers notamment la publicité érotique ou tout autre domaine suggestif. Cela peut avoir une influence sur les comportements sexuels de la population, principalement chez les jeunes avec une attitude et un comportement sexuel précoce.

       Cette réflexion a été faite dans le cadre d’une étude anthropologique et se base, entre autre, sur des discussions avec un panel assez varié d’individus : filles, garçons, hommes, femmes, célibataires, personnes en couple… Toutefois, l’étude porte plus particulièrement sur les conséquences de l’hypersexualisation chez les jeunes.

Le « corps objet »

       Dans de nombreuses publicités, le corps (souvent celui féminin) est réduit à un « objet » destiné à vendre un produit. « Objetisé », ce corps commercialisé ou vendu à un groupe publicitaire est détourné de sa finalité propre et limité à sa seule dimension corporelle, réduit à sa « matérialité » par l’érotisme provoquant, censé attirer l’attention afin de vendre le produit en question (sous-vêtements, parfums, bijoux…). Il n’est plus question de sensualité réservée à l’exclusivité du partenaire mais d’un simple outil de vente. Le corps de la femme ainsi présenté n’est plus un temple sacré de l’Amour, il n’est plus respecté en tant que tel mais est prostitué et déchu de sa beauté première.

       Ainsi, à la vue de tous, femmes ou hommes, garçons ou filles, le corps perd la pudeur réservé au monde publique. Il y a ce qui est du domaine privé (que ce soit dans les tenues et dans les positions) et ce qui est du domaine publique. Face à cette frontière qui s’efface de plus en plus, les jeunes sont naturellement et constamment portés à l’excitation visuelle dans une période de « rébellion » où les hormones jouent un rôle « majeur ». Il n’y a plus d’attente de l’autre, mais une limite à transgresser afin de tester ce que la société vend en matière de sexualité.

       A plus grande échelle, toute publicité suggestive ne sera pas sans laisser indifférent le publique qui baigne alors continuellement dans ce climat porté à la consommation et au sexe voire à la « consommation sexuelle ». L’excitation visuelle est ainsi permanente et ne permet pas d’entretenir et de promouvoir une saine image du corps de la femme. Il est un objet d’excitation, objet d’un plaisir égoïste et devient un lieu de lutte permanente afin de garder du corps humain quelque chose de foncièrement beau et non quelque chose de vulgaire, une sorte d’écœurement et d’indigestion devant l’omniprésence de cette forme animalisée du sexe.

       L’hypersexualisation impose ainsi une image dégradée du corps et octroie la liberté d’une conscience qui est polluée par une frustration ambiante.

Une « beauté » normalisée

        La publicité promeut aussi un modèle de beauté standardisé, normalisé, qui focalise l’attention sur une forme de « féminité » unique. Chez les jeunes adolescents, de nombreux complexes se forment ainsi lorsque la différence manifeste entre les mannequins et leur propre corps devient un lieu de gène et de refus de soi, refus de son corps qui n’est pas l’idéal physique artificiel des publicités. Cela conduit bien souvent à des comportements extrêmes comme l’anorexie, la boulimie ou plus couramment, une construction basée sur un manque de confiance en soi.

       De plus, chez les plus jeunes, on note une nette volonté d’affirmer son identité en copiant le style à la mode, en étant le miroir d’une star. Ainsi, la publicité devient-elle vivante propageant un peu plus la marque de son produit vendu. L’hypersexualisation de nos sociétés modernes passe aussi par là, inculquant naturellement une volonté de s’exhiber, de ne plus réserver à son partenaire ou futur partenaire une attitude particulièrement sensuelle.

       On pensera notamment au phénomène dit « petite lolita ». Ce phénomène met en jeu différentes petites filles adoptant le look de leurs stars ( Britney Spears, Alizée etc…). Souvent relayé par les médias (magazines, émissions de télévisions etc…), il tend ainsi à présenter le corps comme un unique objet de provocation érotique ou du moins suggestif. Les fillettes se voient ainsi voler leur jeunesse considérant cette hypersexualisation comme une norme. Pour Chantal Jouanno, sénatrice enquêtant sur les dangers de la  « sexualisation précoce  des enfants et la nécessité de l’endiguer » « la société est en train de s’hypersexualiser et les pressions sont extrêmement fortes sur les enfants et sur les jeunes adolescents. Il ne faut pas s’étonner si cette sexualisation devient pour nos enfants une norme. C’est une évolution particulièrement préoccupante. ».

       Marie-Laure de Salins, (conseillère conjugale au Cler, elle forme des adultes à l’éducation affective des jeune)  affirme quant à elle que les « 8-12 ans sont de plus en plus visés par le marché de la mode, de la musique, du cinéma. Les fillettes veulent être populaires en séduisant, sont focalisées sur l’image de soi, le culte de la minceur ; elles manquent de confiance en elles, car elles veulent ressembler à leurs stars, font des fixations sur les relations amoureuses, vivent dans une grande dépendance émotive. ».

       Pour près de 31 % des internautes, « cette image sexuée des petites filles favoriserait un accès trop précoce à la sexualité » (source : article « Les petites filles ne sont pas des femmes fatales », la-Croix.com).

La perte des limites

       Cette absence de limites entre le privé et le publique ainsi que le retrait des parents dans l’éducation permet à diverses institutions de s’immiscer au cœur même de la sexualité, au cœur même de la sphère privée. Le Planning Familial par exemple, dans les lycées, focalise l’attention des jeunes non pas sur une sexualité épanouie car prenant le temps de l’attente, de la recherche et de la limite, mais sur cette nécessité de se protéger contre l’autre et au final contre le sexe. Celui-ci n’est plus le lieu de la confiance et de l’ouverture mais le danger de maladies telles que les MST (Maladies Sexuellement Transmissibles) et la « maladie de l’enfant » qui est cette peur de tomber enceinte.

       Si l’émancipation sexuelle pousse à une totale liberté sexuelle, on note qu’elle n’éduque pas à une certaine responsabilité face aux actes qui pourraient en découler et enferme au contraire l’individu dans une sexualité conditionnée. On comprend mieux les déceptions de nombre d’individus, une certaine lassitude qui commence très jeune et une absence totale de confiance dans l’autre sexe. L’environnement est saturé de cette idée de la sexualité réduit au seul aspect biologique, pulsionnel, rendant ainsi impossible toute croyance en une relation vraie et épanouie dans le temps.

Le rôle des parents

       Au cœur de cette hypersexualisation de notre société, c’est aussi la responsabilité des parents auprès des jeunes qui s’efface. L’ « éducation » semble se reposer sur l’information sexuelle vendue par les médias. Qu’en est t-il de l’éducation sexuelle qui permet une maîtrise de cette sexualité ?

       Aussi, les diverses institutions qui permettent le recours aux méthodes de contraceptions anonymes par exemple, ne proposent pas au jeune en question de se responsabiliser, ni aux parents d’entretenir une relation avec leur fille/fils pour pouvoir discuter et prendre les mesures nécessaires réfléchies avec suffisamment de recul, et les moins douloureuses pour l’avenir. Souvent, le premier acte s’effectue à l’instar des parents. Il n’y a plus ce lieu de confiance mais de méfiance qui s’installe progressivement et qui est profondément destructeur pour l’équilibre des individus dans leur sexualité.

L’hypersexualisation ou la décadence du désir

       On note également que de plus en plus de couples ne s’estiment pas heureux dans une société où le désir profond de l’autre s’étouffe peu à peu. Cela, malgré les tentatives assez triviales de le réanimer par l’omniprésence du sexe érotisé sur un grand nombre de publicités, dans les films, les clips musicaux etc…

       Cette sexualité étalée à tout vent manque une dimension de l’Homme réduit à son corps de chair, seul moyen d’attraction. Elle n’est plus le lieu de la découverte intime d’un couple et d’un accord des corps mais devient une marchandise ou du moins, un moyen pour vendre une marchandise. Ainsi réduite, la sexualité s’appauvrit dans ce qu’elle a de plus beau et le désir, d’abord réservé à l’exclusivité futur du conjoint, risque peu à peu de s’étouffer.

       En effet, la dissociation de la sexualité et de l’Amour, en d’autres termes de l’éros (désir orienté vers la sexualité) et de l’Agapè (amour tourné vers le don, vers la gratuité, amour spirituel) conduit à une destruction de l’un comme de l’autre : le désir étant nécessaire au don, lui-même nécessaire au désir. Dans un sens, le désir conduit au don et l’anime et ce don purifie, élève le désir en décentrant l’individu de sa propre intériorité pour le tourner vers l’extériorité, vers un amour spirituel alimenté par un désir. Suivant Raniero Cantalamessa : « L’amour vrai et intégral est une perle recueillie entre les deux coquillages que sont l’eros et l’agapè. On ne peut séparer ces deux dimensions de l’amour sans le détruire. De même qu’on ne peut séparer l’hydrogène et l’oxygène sans se priver en conséquence de l’eau. ».

L’hypersexualisation de la société : un facteur d’influence sur le premier rapport sexuel

       Les premières victimes de cette hypersexualisation de notre société semblent donc être les jeunes. Elle n’est pas sans ascendant sur leur mode de vie et se manifeste par une sorte de mimétisme comportemental. De manière plus ou moins inconsciente, cette érotisation influence fortement la première expérience sexuelle précoce chez les jeunes d’environs 14-15 ans qui n’y voient qu’un lieu d’expérience, davantage physique qu’orientée vers un don de sa propre personne et un accueil de l’autre dans la maturité d’un jugement prenant le temps de l’autre. Un fort sentiment de frustration récurrent ressort des quelques discussions et particulièrement chez les filles. En tout cas, chez ces dernières, ce sentiment est explicitement exprimé. L’attente est ici fondamentalement différente, plus axée sur la tendresse et souvent sur l’attente de l’Amour que sur sur la performance sexuelle (parfois transgressive) chère aux garçons.

       Cette sexualité ainsi perçue devient parfois une sorte de nécessité pour « exister » au vues des autres. La normalisation de l’acte non pas vu comme un acte d’amour mais une norme à effectuer, une pulsion à rejeter, pourrait expliquer le sentiment de frustration après le premier acte pouvant s’éloigner du « mythe » sexuel entretenu par les médias.

       A travers ces médias c’est aussi les séries, le cinéma, voire les publicités télévisées qui mettent en scène la relation sexuelle, effaçant une nouvelle fois la frontière entre ce qui est réservé à l’intimité de deux individus qui s’aiment et ce qui peut s’effectuer publiquement. Cette surenchère de sexe quasiment (voir uniquement) réduit à sa performance n’est pas sans liens avec le premier acte qui n’est pas aussi palpitant que ce que l’individu s’attendait à ressentir. On remarque que bien souvent, il y a une volonté de tester plutôt qu’une réelle envie d’aimer. Il y a une sorte de passage entre l’avant et l’après qui passe par l’environnement « culturel ». Il semblerait que l’attitude adoptée, les mœurs mêmes, poussent à cette sexualité intéressée que ce soit financièrement (pour entretenir le succès d’une série, d’un film, d’une publicité) ou au niveau purement biologique.

       On s’aperçoit aussi que l’abstinence n’a plus lieu d’être et est totalement évincée. Elle n’est plus vue comme un lieu d’attente maîtrisée mais comme un principe « périmé » vécu par défaut et non par choix. Le premier acte s’impose comme une nécessité pour dépasser cette vision souvent dite liée aux croyances religieuses. Ce premier acte souvent narcissique montre aussi un profond désir d’être aimé mais sans aimer réellement. L’autre est d’avantage aimé par l’amour qu’il donne que par celui qui serait réciproquement échangé dans une relation prenant le temps de la maturité du jugement. Dans ce premier acte, on peut voir qu’inconsciemment, c’est surtout une forme d’amour possessif qui se développe.

Des idées « prêtes à porter »

       Chez beaucoup de jeunes avec qui j’ai pu discuter, toute prise de position sur ces domaines faisant l’objet d’une réflexion menée personnellement en matière d’éthique ou de bioéthique est dans la plupart des cas inexistante. Tout ce qui entoure cet acte, sa signification profonde, et la responsabilisation face à ses conséquences est totalement (ou presque) absente des esprits donnant libre court à toutes expériences sexuelles précoces. Il y a souvent une redite du prêt à penser en matière de sexualité et qui est cette totale émancipation des mœurs, cette volonté de tout faire, tout essayer par soi-même et tout de suite, de vivre dans un certain hédonisme sans poser un acte pleinement libre au sens d’une liberté intérieure et non d’une pseudo liberté sexuelle.

       En effet, cette vision de la sexualité prônée par les médias et diverses institutions telle que celle citée précédemment impose une vision unique de la sexualité détachée de sa finalité profonde. Chez les jeunes, à un âge où le caractère présente une part influençable, la société présente insidieusement la nécessité, l’obligation d’utiliser le préservatif, les diverses méthodes de contraceptions… en jouant sur la culpabilité que pourrait éprouver l’individu lui-même face aux conséquences de ses actes : danger de transmettre une MST, risques voire impossibilité d’assumer une grossesse, souffrance potentielle (mais présentée comme certaine) de l’enfant gardé etc… Elle travaille aux conséquences des actes et non à la racine de ces conséquences.

       Toujours plus demanderesse d’émancipation sexuelle, elle conditionne pourtant cette sexualité à une peur de l’autre, peur de s’engager, peur d’assumer les conséquences d’actes librement choisis. Car si la protection face à l’autre (voir à la destruction d’un autre dans la probabilité de la grossesse) devient une norme voire même un droit en matière de sexualité, le droit véritable et légitime est quant à lui complètement évincé des mentalités. Et ce droit, c’est celui de revendiquer et de proposer une sexualité s’ouvrant à autre chose que son aspect proprement biologique, une relation qui prend le temps de l’autre et ne s’éparpille pas dans une orgie de plaisirs inaboutis mais s’oriente vers un amour authentique, qui ne se dérobe pas face aux enjeux d’une union mais les assume et qui est en mesure d’exiger une aide sociale face à cette décision : car la vie est un droit et non un luxe dont on est en mesure de décider sa légitimité ou non.

       En fin de compte, sous la bannière du mot « liberté » demeure dans l’ombre ce qui conduit à une véritable liberté intérieure et ne se conforme pas à une aliénation à ses propres désirs. Il y a une forme de mimétisme chez les jeunes en construction et les arguments relatifs aux protections, méthodes de contraceptions etc… sont un « copié collé » de ce qui est entendu dans les médias, ce qui est distribué par les tracts… Ainsi, il n’est pas question de proposer une réflexion objectivement posée sur le bien-fondé d’une sexualité débridée* mais de ne s’attacher qu’à la finalité de cette perte de repère dans les relations affectives. Une fois des plus, on ne s’attache pas à régler l’origine du problème mais à légitimer ce qui n’est plus maîtrisé effaçant une fois de plus le rôle de l’éducation sexuelle.

       * « Sexualité débridée » car c’est un fait : une sexualité qui ne s’impose pas de limite n’est pas maîtrisée. Elle est réduite à un désir pulsionnel, à une réponse aux instincts les plus primaires des hormones humaines sans entrer dans la dimension supérieure de la sexualité réservée à l’Homme. Bien que l’utilisation du préservatif, de la pillule etc… prône une maîtrise de la sexualité, cette vision est viciée dans ses racines mêmes. En effet, une vraie maîtrise est celle du corps et non celle qui consiste à céder à ses penchants tout en refusant, par l’emploi de moyens artificiels, de se maîtriser en amont et de se responsabiliser face aux enjeux. En fin de compte, il ne s’agit pas d’une maîtrise mais d’une suppression de cette maîtrise en supprimant la finalité de l’acte sexuel qui est de tendre vers l’Agapè et ainsi s’élever vers la dimension humaine de la sexualité.

2 réflexions sur “L’hypersexualisation de notre société moderne

  1. Merci pour ce bel article bien rédigé, qui se détache fortement de la vision qu’on nous « impose ». Prendre du recul ne fait jamais de mal et à trop vouloir cette sexualité, on peut finir par en être dégoûté. Tendre vers l’Eros est quelque chose de normal, si bien que l’Agapè (que je viens de découvrir au travers de cet article) en est devenu un idéal qu’on n’atteint plus car l’Eros, dont les limites sont poussées toujours plus loin dans l’inconscient collectif, n’est plus satisfait et l’on recherche constamment à atteindre ces limites qu’on ne trouvera jamais car sans l’amour spirituel, l’Eros n’est rien… En tout cas je suis content de m’en être rendu compte, c’est le principal ! 🙂

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