Les Grossesses Pour Autrui (2/4)

       Des prises de risques non négligeables

  En plus des risques psychologiques que la GPA représente (ce que nous allons voir plus en détail par la suite), la FIV précédant à la GPA présente elle aussi des risques d’ordres physiques. « Outre le risque accru de prématurité, les études scientifiques évoquent une augmentation des malformations chez les enfants conçus par FIV avec ICSI* de 25% par rapport aux enfants conçus naturellement. On observe particulièrement des anomalies du système cardiovasculaire, urogénital ou musculo-squelettique (BEH juin 2011 : méta-analyse de 25 études études internationales). »

* « L’ICSI (Intra Cytoplasmique Sperm Injection) ou micro injection consiste à introduire directement le spermatozoïde sélectionné par l’opérateur, dans l’ovocyte. Cette technique est a été utilisée d’abord pour pallier à une infertilité du père. Elle risque de transmettre à l’enfant les anomalies génétiques responsables de l’infertilité du père.

Le taux de réussite de l’ICSI étant meilleur que celui de la fécondation in vitro classique, l’ICSI est employée pour plus de 63% des FIV (2008)1, même quand le père ne souffre pas d’infertilité. 

1-Bulletin épidémiologique hebdomadaire – BEH- juin 2011 »

       Le seul risque que l’on serait prêt à encourir pour l’enfant, risque portant atteinte à son intégrité, devrait suffit à prendre la décision responsable et raisonnable de poser un interdit à son premier désir. Il ne devient plus une forme d’accueil mais de mainmise sur le bébé « à tout prix », et surtout un manque de respect à son encontre. Prendre délibérément le risque de porter atteinte à l’intégrité physique pour sa seule satisfaction personnelle se détourne profondément d’une éthique humaine et plus simplement du bon sens.

       Un abandon contractualisé

       Dans sa pratique, la GPA requiert l’ordonnance d’une FIV, ce qui revient à une prescription d’abandon et donc à un « abandon sur ordonnance ». L’abandon forcé du bébé par la mère porteuse après l’accouchement, revient délibérément à prescrire un acte nocif (qu’est l’abandon), quelque soit les motifs invoqués pour le justifier et ce qui va suivre cet abandon. Prescrire un abandon c’est nier les liens de filiation, nier ce rôle de la mère qui commence dès la grossesse puis se poursuit au cours de la croissance.

       C’est aussi un passage violent pour le nourrisson entre sa mère porteuse et le couple stérile qui lui est étranger. Il passe de celle avec laquelle il a créé son premier lien physique et son premier attachement affectif, au sens de ce qui affect, ce qui à attrait à la sensibilité, à ce qui lui est totalement inconnu et qui prétend vouloir imposer un lien affectif. La prescription de cette violence dans la séparation autorise une représentation de la grossesse comme un acte purement mécanique, vision utilitariste qui ne laisse pas la place au sujet. Le sujet étant le nourrisson mais aussi la mère qui aura se sentiment d’être un outil.

       Demander un tel abandon (par le couple stérile à la mère porteuse) et prescrire cet abandon (par le médecin) s’écarte de la médecine qui se doit de rechercher le bien de son patient et non de prescrire un acte profondément destructeur. Qui pourrait légitimement revendiquer un abandon ?

       La GPA impose donc ce handicape majeur pour le nourrisson qui passe d’emblée du statut de nourrisson (lié intrinsèquement à sa mère), au statut d’abandonné puis d’adopté. Cette optique qui ne fait pas place au sujet concerné par ces démarches, place au second plan son équilibre futur et sa construction difficile qu’il aura à assumer. Cela se fait au prix d’un déni de la réalité, déni des échanges qui se font au cours de la grossesse et déni des effets destructeurs de la séparation du nourrisson dans le présent comme dans l’avenir.

       Marchandisation du bébé,  « médicament de la stérilité »

       Les GPA font du bébé une marchandise qui compense un manque, une insuffisance. L’expression « médicament de la stérilité » montre ce risque de considérant l’enfant non comme une fin en lui-même mais un outil destiné à réparer « en compensation, nombre de blessures narcissiques de ses parents, comme le deuil de l’accouchement par la mère adoptive, ou l’histoire malheureuse d’une stérilité qui a précédé l’adoption. Mais il lui faudra également endosser les projections parentales liées à l’histoire de chaque famille. »

       Suivant Patrick Verspieren la « science n’a pas à contribuer à incarner en la personne d’un enfant les rêves les plus désespérés de parents éplorés. Ce serait, pour elle, « produire des individus humains comme moyens planifiés de réaliser des désirs fantasmiques », et donc « faire bon marché de leur dignité ». ».

       De plus, le nourrisson n’est pas un être mort qui passerait d’un état à un autre par la séparation sans réagir, sans affect. C’est un être vivant qui ne peut être réduit à une sécrétion de notre corps tel un déchet. En séparant délibérément la grossesse de la maternité, il y a ce risque de percevoir l’idée du corps déchet que l’on manipule sans s’attacher aux échanges psychiques. Échanges qui sont, rappelons-le, totalement niées au profit des bon sentiments (compréhensibles mais illégitimes dans leurs réalisations effectives) du couple stérile.

       Négation des relations entre la mère et l’enfant, entre l’enfant et son futur environnement

       D’un point de vue biologique

       Sans trop rentrer dans les détails, il y a un échange biologique chez l’enfant et la mère qui n’est pas seulement un outil de gestation. D’abord, les cellules fœtales restent dans le sang de la mère au moins 27 ans après la naissance. Le patrimoine génétique de l’enfant reste inscrit dans le corps de la mère porteuse. Aussi, « c’est de la sécrétion de sérotonine maternelle que dépend le contrôle de la morphogenèse du cerveau de l’embryon car ce dernier ne la secrète pas encore et elle est nécessaire au développement neuronal. » . Que ce soit physiquement ou d’un point de vue psychique, la mère participe dans les tout premiers moments de la vie à la construction du fœtus, par son propre corps.

       D’un point de vue psychologique

       Que ce soit les pédiatres ou encore les médecins, ils savent parfaitement les effets nocifs de la séparation mère-bébé. Ce n’est pas le couple qui a donné les gamètes, que le nourrisson reconnaîtra, car il lui sera étranger, mais ce sera sa mère porteuse avec qui il a établit ses premiers liens.

       Aussi, pour « les enfants séparés de leur gestatrice dès la naissance, celle-ci représente une coupure radicale d’avec ce qu’ils connaissent. Leurs perceptions postnatales sont en totale disjonction des perceptions mémorisées dans le ventre de leur mère : sa voix, les bruits de son corps, éventuellement la voix du père s’il a parlé près du ventre lorsqu’il était présent pendant la grossesse, l’ambiance familiale, ce qui permet à un nouveau-né de se repérer dans les premiers moments de sa vie et fonde les bases de son narcissisme primordial. En cas de GPA, le seul lien entre l’avant et l’après de la naissance, ce sont les paroles concernant son histoire qui donneront sens à ce qui lui est donné de vivre. S’il est important de restituer son histoire à l’enfant, il ne faut pas pour autant négliger que les mots sont des signifiants : on ne peut pas prédire l’effet que les paroles de vérité concernant sont histoire auront sur cet enfant -là. […] Les avancées de la recherche en matière de compétences périnatales et de développement du psychisme infantile ne cessent de nous montrer combien il est préjudiciable de séparer le tout petit de sa mère et de supprimer ainsi ses premiers repères. […] les douleurs périnatales engramées dans l’inconscient ne seront pas toujours décodables lorsqu’elles s’exprimeront sous forme de dépression, d’angoisses, de somatisassions diverses, de sentiment d’insécurité ou d’envies suicidaires. » C’est souvent à l’adolescence qu’elles se trouvent réactualiser car il s’agit là d’une nouvelle naissance, la venue au monde adulte. »

       Il ne s’agit pas non plus de partir du principe que l’enfant oubliera car « l’amnésie infantile n’efface pas mais refoule pour les nécessités du développement psychique de chacun ». Combien d’enfants sentent, bien avant que leurs parents ne leurs disent, la présence d’un petit frère mort auparavant, ce vide qui persiste par delà les mots ?

       A cette « clinique de la séparation » s’ajoute le paradoxe des moyens mis en œuvre par les pédiatres pour préserver le lien entre la mère et le bébé avec notamment les « unités kangourous » (hospitalisation conjointe de la mère et du nourrisson), le peau à peau (en mettant le nouveau-né contre le ventre ou la poitrine de la mère) etc… Cela ayant pour conséquences positives d’améliorer la survie des prématurés par exemple, le succès des allaitements…

       « Au moment où toutes les recherches vont dans le sens de la reconnaissance de l’importance de l’épigénétique, c’est-à-dire de l’influence du milieu sur les gènes, il faut se méfier de la dénégation de ces effets : la vie anténatale a des conséquences, tant sur le corps que le psychisme de l’enfant, et à vouloir l’ignorer, on risque des conduites dont il sera victime à son insu, et possiblement aussi sa descendance. »

       La question de l’origine

       S’il n’y a pas de droit à l’enfant il y a un droit de l’enfant à savoir d’où il vient. Ce droit à l’origine devient impossible avec l’accouchement sous X, ou simplement avec la séparation initiale avec la mère. En choisissant de masquer ce fait niant ainsi la persistance de l’origine qui s’inscrit dans l’inconscient, on impose à cet enfant une construction basée sur du faux, ce qui, un jour ou l’autre, risquera de resurgir. On peut alors s’interroger sur les réactions qu’aura l’enfant, l’adolescent ou encore l’adulte, lorsqu’il s’apercevra de sa double filiation maternelle.

       En outre,la question, « «  A qui ressemble-t-il ? », ne relève pas exclusivement de la génétique, car tout ce qui touche le corps a une résonance symbolique. La ressemblance imaginaire, celle de l’image dans le miroir, ne peut fonctionner sans ce qui s’inscrit avec elle. Le cas échéant, cela reviendrait sous une forme ou une autre. Ce n’est pas une position morale que de le constater : les psychanalystes sont là pour en témoigner, confirmant qu’il n’existe pas d’être humain sans inconscient, cette instance psychique qui tourmente sans répit. »

       Sur cette question de l’origine on peut lire le témoignage de Hélène Goutal-Valière dont voici un extrait (source) :

« Pendant plus de quinze ans il m’a été donné de travailler comme psychothérapeute dans un service de pedo-psychiatrie parisien (à l’hôpital Henri Rousselle) avec des enfants adoptés nés sous X ou dont la filiation maternelle s’était perdue (orphelinats étrangers). Il faut préciser que ces enfants avaient été adoptés très précocement par des familles de bonne qualité humaine et affective tout à fait attentives à leur évolution intellectuelle et à leur confort psychique. Ces enfants « allaient bien », au sens le plus général du terme, ils ne présentaient aucune pathologie particulière mais arrivaient dans notre consultation du fait d’une profonde souffrance existentielle méconnue qui se manifestait à bas (ou à grand) bruit, par des symptômes n’ayant en apparence rien à voir avec leur état-civil.

Ces symptômes concernaient principalement la sphère des apprentissages scolaires, caractérisés par des comportements pseudo-caractériels, des passages à l’acte, des épisodes d’angoisse et de dépersonnalisation. Les questions sur les origines, la curiosité sexuelle sur les conditions de leur conception, noyau de la curiosité intellectuelle et de la permission de penser, sans réponse et vides de représentation, restaient un noyau traumatique jusqu’à ce que penser – apprendre – devienne à des degrés divers un objet d’évitement.

Ce n’est qu’après plusieurs années d’expérience clinique au plus près de ces jeunes patients que notre attention a été attirée par la récurrence statistique de cette configuration originelle singulière.

Que ces situations, que nous tentions de comprendre et d’élaborer existent du fait des infortunes de la vie est une chose. Qu’on veuille les créer expérimentalement semble relever d’une ignorance ou d’un refus de prendre en compte les conséquences psychiques dont les enfants à venir ne manqueront pas de faire les frais. »

3 réflexions sur “Les Grossesses Pour Autrui (2/4)

  1. Pingback: Les Grossesses Pour Autrui (1/4) | Phronèsis

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  3. Pingback: Gestation pour autrui (GPA) et condition des femmes – Dominique Ferrières

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