L’opposition au « mariage pour tous » est-elle un acte homophobe ?

« Et à mes yeux, je l’affirme, toute argumentation discutant la légitimité du mariage homo est fondamentalement l’expression d’un sentiment homophobe, car elle considère d’office l’homosexuel(le) comme un(e) sous-citoyen(ne) n’ayant pas accès au même droit que les nantis de la majorité hétérosexuelle. » Typhaine C. le 12/10/2012, sur le site Les Echos (lire ici).

 C’est un grand risque pour tous ceux qui osent s’opposer au « mariage pour tous » que de se voir qualifié d’homophobe. Une telle sentence est terrible, car d’une part elle nous accuse d’un manque de charité, et d’autre part elle fausse le débat en nous situant d’emblée hors-jeu. Il nous faut donc montrer en quoi s’opposer au « mariage pour tous » n’est pas un acte homophobe, bien au contraire.

Nous pouvons comprendre le terme « homophobie » dans 2 sens principaux, qui certes sont intimement liés mais demandent à être abordés séparément afin de mieux discerner l’injustice d’une telle accusation.

Premièrement, l’homophobie est en tant que phobie une peur irraisonnée, une aversion vive et instinctive envers les personnes homosexuelles. Nous voyons ici que cette réaction est infondée parce qu’irrationnelle. Il s’agit d’une pulsion et donc d’une passion que nous subissons, toute peur étant subie et faisant partie du domaine du pâtir. L’homophobie n’est donc pas en ce sens un acte délibéré et choisi après un discernement rationnel. Or si nous revenons désormais à l’analyse du sujet auquel est appliqué ce prédicat « homophobe », nous avons affaire à des personnes s’opposant au « mariage pour tous » de façon rationnelle parce qu’appuyant leur discours sur des arguments. Il s’agit donc d’un combat d’idées réfléchi, confrontant les thèses, jugeant les arguments de chacun. Comme tous ceux qui s’opposent à cette loi le savent et peuvent en témoigner, une telle attitude demande un effort intellectuel sans cesse renouvelé, puisqu’il s’agit d’analyser chaque argument – aussi bien ceux que l’on attaque que ceux que l’on défend – afin de pouvoir juger de sa pertinence. Il est intéressant et surprenant de constater que même l’auteur de l’argument cité ci-dessus admet cette attitude rationnelle : « toute argumentation discutant la légitimité du mariage homo est fondamentalement l’expression d’un sentiment homophobe ». Ainsi, il ne peut s’agir de la part des opposants au « mariage pour tous » d’une attitude homophobe, puisque cela impliquerai une prédominance de la peur et donc des passions, et exclurait toute argumentation. Or nous avons bien au contraire affaire à des discours rationnels nourrissant un combat d’idées.

Deuxièmement, l’homophobie renvoie à une haine envers les personnes homosexuelles. C’est d’ailleurs ce sens qui est le plus souvent pris en compte dès lors que ce terme est employé. Il nous faut alors partir du terme « haine », qui signifie une privation d’amour. En toute logique, l’analyse de l’accusation portée contre les opposants au « mariage pour tous » doit donc nous mener à conclure qu’il y a ici manque d’amour envers les personnes homosexuelles. C’est alors le concept d’amour qui doit être à son tour approfondi. Nous parlons bien souvent de l’amour en restant dans une compréhension bien trop confuse de ce qu’il est, ce qui implique le risque d’y mettre ce que l’on veut et ce qui nous arrange. L’amour est certes très complexe à analyser tant il demeure en partie mystérieux, mais nous pouvons néanmoins affirmer qu’il s’agit dans l’amour (amitié tout autant qu’amour sponsal) de vouloir le bien de l’autre pour l’autre. Or le bien de l’autre ne peut être discerné que par une connaissance toujours plus approfondie de ce qu’est cet autre, afin de rechercher un bien qui lui convient. Ainsi, ce n’est pas manquer d’amour que de ne pas accorder à une personne un bien qui ne lui convient pas. Bien au contraire c’est aimer en vérité et donc être véritablement charitable, car c’est refuser de tromper l’autre et de le frustrer en lui présentant un bien non approprié qui entrainera des conséquences néfastes pour la personne elle-même. Or dans le cas des opposants au « mariage pour tous », les arguments avancés sont ceux d’une inadéquation entre la réalité des personnes homosexuelles et la réalité du mariage. Si le mariage leur est refusé, c’est parce qu’en raison de leur orientation sexuelle l’accès au mariage ne leur convient pas. Ce n’est donc pas pour les condamner ou les exclure, mais pour éviter de les engager dans une réalité qui sera pour eux une impasse. Or vouloir éviter de telles souffrances futures pour ces personnes est justement le signe d’un réel amour et d’une charité profonde, car il est véritablement une recherche de leur bien.

Pour ces deux raisons, nous pouvons affirmer que l’opposition au « mariage pour tous » n’est pas une attitude homophobe, puisqu’elle est au contraire une démarche réfléchie et profondément aimante.

(vous pouvez également retrouver cet article ici)

8 réflexions sur “L’opposition au « mariage pour tous » est-elle un acte homophobe ?

  1. Non au mariage gay et à la reconnaissance juridique de l’ homoparentalité.

    I. Le langage

    La normalophobie.

    L’habitude a été prise, depuis une douzaine d’années, d’utiliser systématiquement les termes d’homosexualité ou d’hétérosexualité, au point que personne ne parle plus d’orientation sexuelle normale ou d’orientation sexuelle déviante. Certains sympathisants de la cause homosexuelle refusent même l’emploi du terme « normal » quand il s’applique à la sexualité. Ils ne tolèrent pas que l’on puisse ainsi porter un jugement sur les orientations sexuelles ni, par conséquent, réfléchir sur le mariage gay et l’homoparentalité.

    Des mots précis.

    L’emploi d’un même terme pour désigner deux réalités différentes conduit à des confusions.
    On ne peut donner un même nom, en l’occurrence « couple » à l’union homosexuelle et à l’union hétérosexuelle. En effet l’union d’un homme et d’une femme est différente de l’union entre deux hommes ou entre deux femmes, à moins de considérer que l’homme est identique à la femme.
    L’homosexualité est une forme d’ intolérance à l’altérité sexuelle alors que l’hétérosexualité fait vivre la complémentarité sexuelle.
    L’utilisation d’un même terme, « couple » pour désigner deux réalités différentes, et même antagonistes, est anormale.
    A deux types d’unions différentes il faut donner des noms différents : « couple », comme on l’utilise depuis toujours pour les unions hétérosexuelles et, pour les unions homosexuelles, on peut préconiser le terme « paire » car cette union concerne deux personnes de sexe identique.
    Si le couple est composé de deux personnes c’est qu’il y a deux sexes différents. Le chiffre « 2 », en tant que tel, n’ouvre aucun droit. S’ agissant d’homosexuels, le sexe étant le même pour les deux personnes, cette reconnaissance juridique de la vie à deux n’offre pas plus de pertinence qu’une reconnaissance juridique de la vie à trois, quatre ou cinq.

    Toute confusion dans les termes entraîne une confusion dans la perception de ces deux réalités. Cette confusion peut amener à souhaiter un même régime juridique , en l’occurrence le mariage, pour des unions qui sont différentes.

    II. La loi et le mariage

    Avec le mariage la société reconnaît juridiquement l’importance de l’altérité sexuelle et lui rend hommage, en mariant par exemple des couples qui ne peuvent pas, ou plus, enfanter. La société sait que seule l’ union d’un homme et d’une femme permet potentiellement d’ assurer son avenir. Les hétérosexuels n’ont jamais eu besoin de réclamer un droit au mariage , car une telle possibilité est évidente depuis la nuit des temps.

    Le mariage n’a pas été créé pour permettre au législateur de remettre en cause la liberté individuelle en se préoccupant de sexualité récréative, homo ou hétéro, ni pour s’occuper d’amour. Le maire n’a d’ailleurs pas à demander aux futurs époux s’ils s’aiment ou non. Il ne leur demande pas non plus leur orientation sexuelle, cette dernière, quelle qu’elle soit, ne confère aucun droit. Le mariage est ouvert à tous. Il ne crée ni une injustice ni une discrimination envers les personnes qui sont incapables d’établir une relation complète avec le sexe opposé. Leur déviance de l’orientation sexuelle est la seule cause de leur incapacité à se marier.
    Si chaque individu peut librement se marier, est l’ égal des autres devant le mariage, l’union homosexuelle, elle, n’est pas égale à l’union hétérosexuelle. Seules des choses identiques peuvent être traitées d’une façon égale.

    Malgré le chantage à l’homophobie le législateur n’a pas à étendre le mariage à une union différente de celle pour lequel il est prévu, cela d’autant plus qu’ avec le mariage, le plus souvent, un tiers est concerné : l’enfant . Le législateur, par le mariage, propose un cadre au couple afin de l’aider à se stabiliser et protéger ainsi l’enfant né ou à naître.
    S’il est exact que des homosexuels peuvent avoir la charge d’enfants, la demande de reconnaissance juridique de l’homoparentalité comme une forme de paternité est inutile, l’enfant ayant un état civil et donc un régime juridique clair.

    III. L’enfant

    Une fraction du lobby homosexuel souhaiterait assimiler le couple avec enfant et une paire d ‘ homosexuels élevant un enfant. En effet l’apparence de ces derniers se rapproche de celle du couple normal. Les demandes d’accès au mariage et à l’adoption peuvent de ce fait apparaître parfois comme destinées à faire oublier le caractère spécifique de l’homosexualité. L’enfant deviendrait alors un moyen mis au service d’une cause qui n’est pas la sienne.
    Les maltraitances d’ enfants, quant à elles, doivent être sanctionnées si des parents sont indignes. Les enfants placés dans une famille d’adoption doivent y retrouver le père et la mère qui leur manquent. On ne doit pas utiliser le malheur de ces enfants afin de démontrer qu’ils seraient mieux dans une famille de deux hommes ou deux femmes que dans leur famille d’origine et les transformer ainsi en propagandiste obligés de l’homoparentalité. Quant à l’adoption par un célibataire elle devrait prioritairement permettre que des enfants puissent être adoptés par leur oncle, leur tante, ou un autre membre célibataire de sa propre famille.

    Faire croire à un enfant qu’il a deux papas est un mensonge.
    Faire croire à un enfants qu’il a deux mamans est choquant. Une mère est unique, biologiquement et moralement. C’est cette unicité qui crée le lien enfant-mère à nul autre comparable.

    La loi n’a pas à entériner toutes les situations de fait découlant du comportement de tel ou tel individu sauf à créer une règle par individu et par situation ce qui entraînerait la disparition de la notion même de droit. L’homosexualité a toujours existé, elle est admise par notre société. Ce comportement n’a cependant pas vocation à être à l’origine d’une modification de la législation sur le mariage.

    IV Non au mariage pour les gays

    L’union hétérosexuelle peut donner la vie, pas l’union homosexuelle. La première respecte l’altérité sexuelle, la seconde l’ignore. Les principes d’égalité, de non-discrimination, ne s’opposent pas à ce que le législateur règle de façon différentes des situations différentes.

    Le mariage pour les gays est un non-sens.

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  2. Je pense qu’il ne faut pas utiliser le terme d’ « homophobie » pour plusieurs raison:
    D’une part, c’est une notion dangereuse car idéologique. Elle n’a aucune vraie définition (littéralement « la peur du semblable ») elle a été inventée de toute pièce il y a plusieurs années déjà par des associations militantes homosexuelles pour désigner celui qui s’oppose à leurs idées. Ça dans le seul but de le décrédibiliser, en s’attaquant à sa personne voir en le mettant en situation d’accusé (de la même manière dont les féministes affublent quiconque s’opposent à leurs idées du nom de « macho »). Il suffit d’ouvrir les yeux, dans ce système dès qu’on s’oppose à une idée pro-gay = on est homophobe.

    D’autre part, c’est justement ce terme de « phobie » qui est particulièrement agaçant : Une phobie, une vrai phobie, ce n’est pas ça ! Tu dis, Joseph, que c’est une « peur irraisonnée, une aversion vive et instinctive envers les personnes homosexuelles. » Je suis désolé de te répondre que NON, cela n’existe pas ! Si tu recherches dans un dictionnaire médicale, tu ne trouveras aucun trouble qui répond à ce terme d’ « homophobie », personne n’a de vraie « phobie » (au sens médico-psychologique du terme :comme l’arachnophobie, l’agoraphobie, la claustrophobie, etc.) des personnes homosexuelles. [Personne n’a jamais vu quelqu’un se mettre à transpirer, souffler, être pris d’une crise d’angoisse panique à en perdre tous ses moyens, au contact d’une personne homosexuelle…] Ce terme n’a été choisis que dans le but de faire passer pour malades, les personnes ayant un parti pris contre les homosexuelles (ce préjugé venant, selon eux, soit de l’exaltation des tendances hétérosexuelles dans la Société, soit d’un penchant homosexuel refoulé). Faire passer ses opposants pour des malades ? Etrange ! ça a comme un arrière goût de méthode totalitaire…

    En bref, je pense qu’il faut à tout pris exorciser tous les termes avec « phobie » (xénophobie, islamophobie et même christianophobie :on aura tout vu !) qui n’ont pour seul but que de porter des idéologie victimaire et exalter la différence en nourrissant des communautarismes : arrêtons là !! (au passage retirons aussi : facho, macho et raciste qui n’amène rien de bon dans une conversation).Toutes ces expressions réduisent et musellent la pensée, aucun dialogue n’est possible…

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  3. Merci Amaury pour ce commentaire. Je ne peux qu’être d’accord avec les idées que vous avancez : hélas trop souvent le fait de juger quelqu’un d’homophobe n’a d’autre but que de discréditer tout son discours en le rendant coupable. Néanmoins, même si vous ne souhaitez pas parler d’homophobie, il faut reconnaitre que certaines personnes (qui ne sont pas ceux qui s’opposent rationnellement au mariage pour tous) ont hélas une haine envers les personnes homosexuelles en raison de l’orientation sexuelle de celles-ci.

    Concernant la phobie, je n’ai fait que reprendre une définition qui peut être trouvée dans n’importe quel dictionnaire. Mon objectif n’est pas tant de savoir si oui ou non une phobie envers les personnes homosexuelles existe réellement que de montrer à quel point l’utilisation commune actuelle de ce terme, qui est un fait (légitime ou pas, là n’est pas tant le problème que je souhaite soulever), ne tient pas pour la seule raison qu’il ne peut y avoir adéquation entre ce que signifie ce terme et la réalité d’un discours s’opposant à l’ouverture du mariage.

    En bref, je désire montrer que l’accusation d’homophobie ne tient pas, même si l’on ne reprend que la définition commune de la phobie. Mais merci pour la définition médicale apportée, qui montre à quel point l’appellation « phobie » ne convient vraiment pas à la situation.

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