Faire passer la pilule…

       « Les députés ont voté vendredi le remboursement à 100% des contraceptifs, comme la pilule, pour les jeunes filles de 15 à 18 ans ainsi que le remboursement total des interruptions volontaires de grossesse (IVG) par l’assurance maladie à toutes les femmes à partir de 2013.
La ministre de la Santé Marisol Touraine a bien précisé que le texte sur les contraceptifs ne se « restreint » pas à « la pilule » mais qu’il s’appliquait à « tous les modes (de contraception, ndlr) pris en charge » et remboursables par la Sécurité sociale. […]
Au cours d’un débat apaisé, où il a été abondamment rendu hommage à Simone Veil et à sa loi dépénalisant l’IVG (1975), la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a affirmé qu’il s’agissait d’un « choix de santé publique » et rappelé qu’un avortement n’était « jamais un acte anodin » pour une femme. »

Source : AFP

        « L’IVG n’est pas un acte anodin ». On ne cesse de l’entendre de tous bords rappelant ainsi qu’une IVG ne se passe pas sans affect du côté de la mère. Dans le même temps, beaucoup déplorent les 200 000 IVG par an en France. Néanmoins, cela n’empêche pas de continuer à faciliter, voire encourager encore un peu plus, l’accès à l’avortement. Hormis quelques éternelles résistantes qui aimeraient nous faire croire (voire se persuader elles-mêmes) que l’on avorte comme l’on soigne un rhume, l’IVG n’est « jamais un acte anodin pour la femme »*. Voilà déjà une avancée dans les consciences qui permet de mieux appréhender la souffrance de ces femmes.

*On notera tout de même au passage, que l’affect du côté de l’entourage mais surtout du fœtus est totalement passé sous silence, et que, l’attention reste focalisée sur la femme qui pose un acte, qui exige un droit sur un « objet » de ce même droit. Le sujet (le fœtus), déchu de son propre droit fondamental de poursuivre à la réalisation de son existence, ne devient plus qu’un tiers exclu du processus de l’IVG…

        Toujours est-il qu’il y a bien une souffrance de la part des femmes qui avortent. La reconnaître est une nécessité afin de ne plus voir dans cet acte quelque chose de quelconque, et afin de lui conférer toute l’importance qu’il requiert. Car il y bien une blessure dans cette interruption, blessure qui fait que l’avortement n’est « jamais un acte anodin ». Mais, si l’avortement est une souffrance, la femme qui se retrouve face à une grossesse imprévue (ou qu’elle n’a pas fait en sorte de prévoir) est elle aussi dans une forme de souffrance. Et c’est là que le remboursement de l’IVG m’apparaît comme un drame par la forme de mépris envers ces femmes. En effet, que leur propose-t-on comme solution à leur souffrance première que d’ajouter une nouvelle souffrance ? L’avortement ne peut-être une solution, il ne peut être une réponse à cette douleur. Car l’IVG reste un échec, échec d’une société à répondre à la souffrance des femmes enceintes de manière adéquate : non en leur proposant d’éliminer cette souffrance, mais en leur permettant de l’appréhender, en donnant les moyens de la surmonter, en rappelant que cet objet de crainte qu’elles portent n’est pas une maladie mais leur propre enfant, en donnant à la mère les moyens d’accueillir ce nouveau-né, de l’assumer et de pourvoir à son éducation.

        Le remboursement de l’IVG à 100 % m’apparaît donc comme dramatique car il banalise un acte non anodin, car il facilite l’accès à une « solution » radicale alors qu’au contraire, les moyens d’accueils de ces enfants « imprévus » devraient être un objet de préoccupation prioritaire.

        Ce vote m’apparaît comme un drame plus grand encore car il présente la grossesse comme une maladie, une maladie dont on cherche à éradiquer le malade et où l’on ne cherche pas à résoudre le fond du problème. Et quel est-il sinon l’impossibilité d’accueillir un enfant ? Je ne m’attarderai pas sur les raisons particulières qui poussent à l’IVG mais j’estime qu’il y a à la base un refus ou une impossibilité manifeste d’accueil. Les femmes seraient davantage respectées dans leur intégrité, si l’on s’attachait à proposer des solutions face à ce qui motive ce refus (qui n’implique pas que la femme enceinte mais également un tiers : le fœtus) ou ce qui est cause d’une impossibilité d’accueil, plutôt qu’en leur proposant une solution radicale au problème qui laissera toujours une impression de vide… Éliminer un « problème » n’a jamais constitué une solution face à ce même « problème ».

        Je pense aussi que la difficulté est bien plus en amont et vient d’une sexualité qui n’apprend pas à se responsabiliser. Ainsi, j’en viens au « remboursement à 100% des contraceptifs, comme la pilule, pour les jeunes filles de 15 à 18 ans ». Selon un article de Libération « François Hollande avait annoncé qu’il souhaitait mettre en place un « forfait contraception » pour les mineures, leur garantissant « la gratuité, l’accès à un médecin dans l’anonymat et à une contraception de haut niveau ». »…

        Nous entrons encore un peu plus dans la logique d’une sexualité  à sens unique : une sexualité qui se réduit à une protection contre l’altérité, une sexualité qui ne prend plus le temps de l’autre, mais qui veut tout et tout de suite, qui ne (re)connaît plus les limites affectives. Ces moyens, une nouvelle fois facilités, empêchent de proposer une sexualité tournée vers autre chose que la seule réalité biologique, réalité sexuelle renouvelable autant de fois que l’on souhaite mais qui ne poussera jamais à approfondir la relation avec l’autre si elle est constamment « bradée ».

        Ces moyens de contraception empêchent la maîtrise de sa propre sexualité, en tant qu’une vraie maîtrise ne se situe pas dans l’emploi d’un moyen artificiel pour ne pas « subir », pour ne pas assumer la conséquence de ses actes, mais elle se situe dans la maîtrise de ses propres désirs, dans la volonté de poser un acte responsable face à ce que pourrait engager un désir acté.

        Ce vote, noyé au milieu des débats actuels, ne pousse donc pas à une éducation à la sexualité mais relève de la seule information (désinformation ?) en matière de sexualité, sexualité que l’on présente comme un acte presque dangereux où il faut se prémunir contre l’autre et contre soi avec tout un attirail de défense.

        De plus, cette décision évince les parents de leur rôle éducatif respectif, rôle privilégié et proprement intime au foyer. Dans une période de la vie où la relation parents / enfants n’est pas toujours aisée, leur rôle d’éducateur (peut-être faudrait-il le rappeler) est largement supprimé par différentes institutions sociales qui viennent imposer, dans les collèges et les lycées, une vision uniquement charnelle et matérielle de la sexualité.

        Aussi, cet anonymat dans la prise de contraceptif est dangereux car il permet au mineur sous la responsabilité de ses parents d’agir en dehors d’une prise de conscience et d’une décision familiale : les parents n’ont alors plus le rôle de référents éducatifs, mais ils deviennent les « ennemis » de l’éducation qui ne doivent plus être impliqués dans la construction affective de leur fille. Il n’y a plus de confiance dans l’éducation parentale  mais une méfiance, plus ou moins destructrice du lien parents / enfants. De plus, par cet anonymat dans ce domaine médical particulier, il y a ce risque que la responsabilité propre au sujet soit symboliquement effacée, qu’il ne soit plus responsabilisé personnellement face au moyen contraceptif qu’il utilise, action tellement anodine qu’elle doit être anonyme…

        Ainsi, l’acte sexuel est lui aussi banalisé, la connaissance de son propre corps n’est pas mise en avant au profit d’une meilleure responsabilisation de ses actes, le rôle éducatif des parents est évincé de la cellule familiale et l’IVG apparaît en « dernier recourt » comme un acte tellement non anodin qu’on en facilite encore l’accès… Tout cela sous le couvert d’une « liberté », pourtant bien dépendante des artifices, et d’une gratuité pour des actes qui engagent et coûtent tant physiquement et psychologiquement…

        Il serait peut-être temps de proposer aussi (surtout !) une autre forme de gratuité : celle d’un amour profondément libre, tourné vers l’altérité et éduqué à la responsabilité. Car, si tomber enceinte devient une « maladie » à évincer pour notre société, c’est qu’il y a peut-être à la base une réelle maladie (de manque) d’amour…

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