« Mariage pour tous » : et si il résultait d’une crise intellectuelle ?

      mariage-pour-tous-12      A l’heure où nous nous apprêtons à manifester contre le « mariage pour tous », il me semble essentiel de prendre conscience des causes réelles et profondes de cette revendication qui, portée par nos dirigeants, risque bel et bien de modifier les lois qui régissent la vie sociale de notre pays.

Nombreux sont ceux qui se lèvent aujourd’hui pour défendre le mariage, la famille, les enfants, les personnes homosexuelles, etc. : sociologues, psychologues, pédopsychiatres, philosophes, responsables religieux, hommes politiques, et également beaucoup de simples citoyens qui, par le biais d’internet notamment, expriment leur incompréhension. Cependant une dénonciation des conséquences d’un tel projet de loi ne peut à mon sens suffire. Même si elle est absolument nécessaire et précieuse, nous ne pourrons nous battre efficacement contre cet élan législatif mortifère que si nous en comprenons les causes profondes dont cette ouverture du mariage n’est qu’une manifestation.

Alors que certains responsables politiques refusent de manifester sous prétexte que ce projet de loi est un artifice mis en place par le gouvernement pour faire oublier la crise économique, il est important de comprendre à quel point les deux sont intimement liés. La crise économique et la crise de la famille ne sont que deux facettes d’une même crise de société, qui prend fondamentalement racine dans une crise morale et intellectuelle née il y a bien longtemps maintenant. Dans les deux cas il s’agit de décisions politiques, or toute décision est le résultat d’une délibération faisant appel à la réflexion de ceux qui délibèrent. Toute décision a un fondement éthique car elle est choix de moyens à mettre en œuvre en vue d’une fin perçue comme un bien, pour soi-même comme pour la société. Or toute démarche éthique présuppose une bonne connaissance de ce qui est en jeu et des moyens pour y parvenir. Si nous sommes aujourd’hui en crise de société, tant économique que morale, c’est donc fondamentalement à cause d’une profonde carence intellectuelle que nous avons nous-mêmes mis en place et qui se retourne aujourd’hui contre nous.

En ce sens le « mariage pour tous » n’est qu’un reflet d’un essoufflement du système actuel qui n’a pas de racine solide, en tant qu’il a atrophié nos intelligences. Nous pouvons tous le constater, ne serait-ce qu’en écoutant les arguments de ceux qui prônent l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe. Les grandes valeurs d’égalité, de liberté, de tolérance, d’amour sont brandies comme absolues, or elles ne sont jamais définies. L’absence de définition ou son inexactitude est symptomatique d’une carence intellectuelle profonde, en tant qu’une argumentation ne peut pas tenir si elle s’appuie sur des termes utilisés dans n’importe quel sens selon la volonté de celui qui les utilise. Simple illustration avec la sacro-sainte valeur républicaine « égalité » motrice des revendications actuelles : l’égalité est ici comprise confusément comme une sorte de distribution numériquement symétrique de droits entre tous les citoyens, or nous sommes dans un débat qui a rapport au Droit et l’égalité dont il est toujours question au sein du Droit n’est absolument pas une égalité arithmétique mais proportionnelle. Seul ce type d’égalité, qui est véritablement synonyme de justice et qui consiste à garantir à chacun ce qui lui est dû en fonction de ce qu’il est, est revendiqué par le Droit. Le Droit tient compte des différences, or l’égalité arithmétique exclue toute différence. Poser cette « égalité » comme principe justificateur de l’ouverture juridique du mariage est donc de fait une grossière imposture intellectuelle et un mensonge public.

Si vous faites bien attention, les grandes valeurs mises en avant sont effectivement vides de contenu précis et sont hélas les seuls repères « moraux » objectivement reconnus par tous. Leur donner un contenu fixe est perçu comme « intolérant » (tiens, un autre terme souvent bien formel…), car chacun doit pouvoir donner le sens qu’il veut aux grandes valeurs. C’est ici que nous pouvons pointer du doigt ce qui constitue certainement le drame le plus profond de la crise intellectuelle : le rapport au réel, qui est en fait négation de celui-ci. Ne pas définir les concepts utilisés est en effet signe d’une volonté de refuser toute immutabilité du réel auquel ils renvoient. La seule légitimité revient donc à la volonté, qui est seule formatrice du réel. C’est peu ou prou ce qu’affirmait Protagoras il y a plus de 2600 ans en dialoguant avec Socrate : « L’homme est la mesure de toute chose ». Une telle négation du réel doit être dans ce cas poussée jusqu’au bout, et advient alors en toute logique l’impossibilité de vie sociale, la société étant désormais sans fondement autre que la diversité des conceptions du réel de chaque personne, conceptions tout autant légitimes les unes que les autres car reposant toutes sur la volonté. Or les conceptions individuelles sont forcément différentes les unes des autres, et parfois contradictoires. Dès lors, comment fonder une vie sociale sur des rapports de forces entre volontés contradictoires s’il n’y a pas de critère objectif, ne dépendant pas de la volonté ? La société n’a plus aucune légitimité pour fonder un Droit et donc une justice qui viendrait alors contrer la volonté de certains, et serait ainsi « intolérante ».

Nous sommes bien dans cette situation, car la seule réalité admise aujourd’hui est la structuration de la société, or ce sont les hommes qui structurent par leurs actes volontaires cette société, à travers les institutions et les revendications personnelles. Le déni du réel opéré par l’intelligence en crise se manifeste alors par la confusion totale entre état de fait et état de droit : doit être légalisée (état de droit) et considérée comme légitime toute conduite observable dans la société (état de fait) qui rentre dans le cadre des grandes valeurs formelles communes. La boucle est alors bouclée et laisse la porte ouverte à toute dérive, car les valeurs n’ont d’autre contenu que ceux que veut y mettre la volonté et les faits sociaux sont également le fruit des volontés individuelles ou communautaires. Il n’y a donc logiquement aucune raison que les valeurs ne légitiment pas tout fait social nouveau si celui-ci est voulu comme promoteur de « l’égalité », de la « liberté » ou encore de la « solidarité ». On ne peut juger de la légitimité d’une chose si notre critère est le même que le principe par lequel cette chose est advenue. Or l’état de fait qui provient d’actes volontaires devient aujourd’hui état de droit car ce dernier n’a d’autre critère que cette même volonté. Je vous laisse imaginer jusqu’ou peut nous mener cette confusion d’un point de vue juridique…

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C’est le refus intellectuel d’un réel s’imposant à nous qui est à la source de cette crise profonde : rien n’est donné, tout est construit. Nous pourrions alors faire cette simple objection parmi tant d’autres : si rien n’est donné, d’où vient cette volonté qui semble au principe de toute construction ? N’est-ce pas nécessairement un donné naturel de base que vous ne pouvez nier sans remettre en cause votre propre théorie constructiviste ? Mais dans ce cas, cela voudrait-il dire que l’homme n’est pas maitre de ce qu’il est, puisqu’il n’a pas le choix de la présence de cette volonté en lui ? De plus, si seules les structurations des sociétés sont au fondement des droits des hommes qui les composent, sur quoi se fonde la légitimité de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui vous est si chère ? Puisque chaque société est structurée différemment, et les états de fait étant si variés à travers le monde, en quoi pouvons-nous imposer un droit universel ? Poussez jusqu’au bout la logique qui sous-tend vos propos, et si vous refusez de renier les Droits de l’Homme, alors avouez que cela suppose une nature humaine commune qui ne dépend pas des sociétés et de notre volonté, mais est inhérente à la personne. Si vous refusez de nier les Droits de l’Homme, alors cessez de vouloir donner un nouveau sens à la réalité qu’est la famille en avançant le fait que la non-ouverture du mariage « est en réalité occulter toute la réalité de notre société, à savoir les familles monoparentales, les familles homoparentales, les familles recomposées, etc. » (Najat Vallaud-Belkacem sur BfmTv, le 6 janvier), car vous vous opposez ipso facto à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme : « La famille est l’élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l’Etat. » (art.16, alinéa 3).

Le « mariage pour tous » n’est donc qu’une conséquence d’un système de pensée entretenu depuis des décennies, et qui aujourd’hui, sous nos yeux, montre à quel point il détruit l’homme. L’homme qui renie son intelligence et le réel qui la fonde finit par se renier lui-même. L’homme contemporain veut se construire des droits et évoquer des devoirs alors qu’il n’a plus connaissance de ce qu’il est lui-même, si ce n’est un sujet ayant des droits. Il invente les droits, sans avoir conscience qu’ils ne peuvent que découler du sujet qui les possède et qu’il ne connait plus. A vous tous, hommes politiques, « philosophes » et autres défenseurs de telles lois iniques : vous prônez une morale républicaine humaniste, mais connaissez-vous réellement l’Homme au-delà de ce que peut en faire votre volonté ? Non, bien sûr. Car vous niez le réel qui vous fait pourtant être ce que vous êtes. Oui, vous êtes responsables du drame que vous préparez pour la société d’aujourd’hui et de demain. Et pourtant, je crains que vous soyez bien plus victimes de vos carences intellectuelles. En effet vous êtes, vous aussi, des hommes et des femmes contemporains, et en ce sens vos propos ne sont que la conséquence d’intelligences atrophiées depuis de multiples générations. Il y a là un drame profond : sous prétexte d’émancipation et de liberté, l’homme a annihilé son intelligence depuis de nombreuses années, en l’absolutisant. Depuis tant et tant de temps, l’orgueil de l’homme l’a rendu esclave du système qu’il a lui-même construit et dont nous sommes tous aujourd’hui prisonniers, y compris vous, décideurs politiques : vos lois idéologiques ne font que naitre de vos intelligences, elles-mêmes en crise.

      En cela vous êtes victimes de l’absence d’éducation intellectuelle dont vous avez vous aussi pâtis. Cependant, si vous êtes comme tous les hommes de ce temps victimes de ce que nous ont légué tous ces criminels de la pensée, vous êtes bel et bien responsables en premier lieu de ce que vous lèguerez à votre tour aux générations futures. Ici se situe la grandeur et la beauté de l’homme : nous pouvons toujours tirer le bien d’un mal subi, et notre intelligence aura toujours cette capacité à se reconstruire, si du moins nous acceptons avec humilité le réel devant lequel notre intelligence doit s’incliner. Il n’est pas trop tard, du moins si nous acceptons de ravaler notre orgueil et notre envie de domination. Cessons de croire pouvoir tout maitriser et tout posséder selon nos désirs, naturellement absolus. Cessons de penser que l’homme doit pouvoir dominer « tout, et tout de suite », quitte à nier le réel auquel nous nous confronterons dans ce cas incessamment. Cette pensée est mensonge alors que le réel ne ment jamais, voilà pourquoi il vous résistera toujours. Au fond, comprenons qu’il est urgent de sortir du consumérisme, qui est matériel parce qu’avant tout intellectuel. C’est seulement ainsi que nous vaincrons la crise et que nous sauverons l’homme.

2 réflexions sur “« Mariage pour tous » : et si il résultait d’une crise intellectuelle ?

  1. Salut ! Par ce com je félicite les effort fait dans vos billet pour démontrer vos point de vie et soulever des questions qui poussent a la méditation mais bon le coup, je ne suis pas d accord 😛
    Il est question que « l homme essaye de tout dominer mais ne se connait pas lui même »,
    L homosexualité, la sodomie et toute pratiques de cette forme a été formellement prohibée dans la bible , et pratique des le début de l homme avec l exemple de destruction de sodome et gomore par des langues de feu venus du ciel …
    L homosexualité a toujours été ancrée chez certains humain, par une minorité , certe mais a pratiquement toujours existé, qui sommes nous, humains, voir « sages », (sages selon certains hommes selon des flux de pensée courante, par rapport a la religion ect) pour dire que ce penchant n est pas naturel , ou ce situe cette limite du naturel ! Un homme aux yeux bleus est il plus naturel qu un homme aux yeux verts !?
    Les hommes sont égaux en droits et devoirs peu importe leurs couleurs , origines… Pourquoi ne le seraient ils pas par rapport a leur orientation interne ? Parce que ce que nous voyons pas n existe pas ?
    L homosexualité est même emprunte chez certaines espèces d animaux, singes, reptile.
    Je pense donc qu il faudrait mesurer l utilisation du mot naturel mais la remplacer par une expression plus correct, « théocratiquement viable ».
    Ensuite pour ce qui est de la famille, il a été institué que l homme et la femme s aimeront, et auront des enfants, qui les respecteront, les aimeront ect.. Ce principe est utopique, depuis la nuit des temps des enfants on été délaissés, amener des leur plus jeune âge au couvent, voir laisser dans la rue, et plus communément dans des foyers sociaux qui ne peuvent leur assurer un amour et un foyer sain pour avoir un développement social et affectif. De plus, certains parents ne peuvent subvenir matériellement ou affectivement pour différente raisons a leur besoin.
    Sous l étiquette de la normalité les couples hétéro seront plus excusable qu un couple homo? Je pense tout simplement qu un enfant comprendra qu il est dans un contexte différent de ceux qui l entourent mais cela ne lui nuira pas. Nous vivons déjà avec des différences , certains vive dans un foyer très stricts, islamique, chrétiens, orthodoxe, témoins de Jéhovah ou que sais je! Ces enfants ne sont pas déséquilibrés pour autant !
    Dans cet articles les maîtres mots qui m ont dérangés sont : naturel, déni du réel et de l intelligence

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