« Pourquoi ne pas vivre avec l’autre pour savoir si c’est le bon ? »

Cohabiting_222739k        Cette question m’a été posée il y a quelque temps. Je vais tenter d’apporter ici les arguments qui me paraissent les plus pertinents sous différents points de vue (celui de la relation amoureuse, du mariage et du mariage chrétien). Je n’ai pas la prétention de l’exhaustivité de ces éléments de réponse. Ces derniers renvoient aussi à ce que je vis d’une façon pleinement libre, pour les raisons que je vais exposer et pour celles que j’ai déjà développées dans l’article « La sexualité dans la religion chrétienne ». Ce n’est donc ni par fidéisme, dogmatisme ou tradition (cela suffirait-il seulement ?) que je suis ces différentes orientations de vie mais c’est un choix réfléchi (ce qui n’exclut pas certaines difficultés devant ce qu’il implique). Avant tout, chacune des raisons est profondément humaine, ce qui lui confère une certaine intemporalité, une universalité et un fondement en accord avec notre être dans ce qu’il a de plus profond. En ce qui me concerne, je trouve dans la religion chrétienne un écho à ces raisons humaines, une recherche du bien premier de l’Homme, de son épanouissement, une attention qui va bien au delà de son bien apparent et de ses premiers désirs, souvent pressés et volatils. J’exposerai donc d’abord des arguments liés à la relation amoureuse, d’autres liés au sens du mariage, d’autres encore au sens du mariage chrétien, avant de repenser le sens de la question. Enfin, je donnerai divers liens qui abordent « différemment » cette question enrichie de multiples expériences, et qui approfondissent le sujet dans un langage très simple (Liens de fin d’article).

      Dans le cadre d’une relation où des sentiments amoureux s’établissent, la connaissance de l’autre peut parfois paraître partielle lorsque nous ne sommes pas constamment confrontés à sa présence. On sait tous que cette présence d’un autre, différent de moi-même, provoquera (ou provoque) diverses confrontations de caractère, de convictions et plus simplement de ces éléments de la vie de tous les jours qui peuvent paraître pesants, insurmontables ou au contraire, futiles. Mais comment savoir, avant de s’engager avec l’autre, si je pourrai supporter ses défauts et sa manière de vivre ? Comment envisager le fait qu’il ne soit pas le miroir de moi-même mais un autre qui pourra me bousculer ? Si l’Amour, aussi sincère soit-il, semble pouvoir « tout » supporter, il demeure que certaines craintes très pragmatiques peuvent empêcher un épanouissement authentique et provoquer une certaine « peur » de l’engagement sans certitudes préalables. Ainsi, « pourquoi ne pas vivre avec l’autre pour savoir si c’est le bon » ?

      Avant même cette question je pense qu’il y a, à la base, une relation primordiale d’attente à entretenir. Cette attente est celle de l’autre, sans engager son corps, afin de préserver une liberté de connaissance et de choix, sans obstruction du jugement par le don très profond de son corps. Si la relation sexuelle engage, il convient de ne pas « brader » cette relation dont les envies, toujours très pressantes, peuvent rendre plus opaque mon intérêt pour l’autre. Aussi, nous pouvons avoir des désirs sexuels pour plusieurs personnes différentes et de manière simultanée, alors que les sentiments ont une certaine exclusivité. C’est cette exclusivité du sentiment qui garantit la fidélité, la confiance du couple et le gage d’une authenticité de la relation ( peut-on véritablement aimer dès lors que l’on se donne à plusieurs mais à personne entièrement ?). Or, ces sentiments s’établissent de manière étendue dans le temps, ils demandent de se construire, de mûrir dans la connaissance de l’autre, de sortir de l’imaginaire pour atteindre le cœur de l’autre, ce qui fait que je l’aime réellement : pas seulement pour ce qu’il m’apporte mais avant tout car je souhaite réaliser son bonheur. Ainsi, sans engager précipitamment son corps, la liberté du « Oui » au jour du mariage prend tout son sens. Je me suis réservé pour cet autre dont je suis sûr, aujourd’hui, que c’est avec lui que je veux vivre. Ne serait-il pas risquer de se donner rapidement à l’autre tout en étant encore dans ce doute qu’il n’est peut-être pas le bon ? Vivre un acte qui signifie (qui manifeste) de manière incarnée l’Amour, sans être certain de cet Amour, n’est-ce pas contradictoire ? Voire une forme de mensonge envers l’autre ? Mais, la crainte d’un non-accord des corps dans l’acte sexuel peut se faire ressentir. J’y reviendrai après.

      Cette attente est un moyen de connaissance de l’autre, de cheminement avec l’autre, chacun ayant un vécu personnel qui n’est pas forcément identique au mien, qui n’est peut-être pas l’idéal imaginaire de chacun. Cheminer avec l’autre c’est commencer de son vécu et construire la relation à partir de ce point en acceptant l’histoire passée, ce qui fait que la personne que j’aime est telle qu’elle est aujourd’hui : c’est marcher vers un même but et non sur deux voies parallèles. L’attente permet donc d’être sur le même chemin, peut-être pas au même niveau, mais visant un même objectif de vie. Cheminer se fait toute une vie, avec l’autre, mais sur une voie identique : sur des chemins parallèles, on ne peut atteindre une authentique communion des cœurs. Il y aurait toujours une marge, un fossé, un objectif de vie différent. Et cette connaissance de ce que l’on souhaite profondément pour sa vie ne peut se faire dans la précipitation.

      Il est évident qu’une relation amoureuse ne se limite pas à l’aspect sexuel. Pourquoi alors le précipiter ? Il est une manifestation charnelle de cet Amour. Or l’Amour prend du temps, « l’Amour prend patience », il a besoin de ce temps. De même que l’amitié prépare à l’Amour, la connaissance des cœurs prépare à la communion des corps. Nous n’aimons pas du jour au lendemain. Si l’acte sexuel manifeste de façon sensible cet Amour, peut-il manifester pleinement un amour immature ? L’acte d’Amour peut-il signifier (« dire ») un amour encore fragile, qui aime l’autre peut-être plus pour ce qu’il apporte, que pour ce je souhaite lui donner ? L’amour, dans ses débuts, a une dimension presque « narcissique » qui est normale. Mais, il doit peu à peu se détacher de cet écho à moi-même, de cette satisfaction d’être aimé, pour se tourner en profondeur vers l’autre, dont le bonheur seul doit m’importer – « avant tout » -… Et ce « avant tout » qui consiste à se décentrer de soi-même (et non de Dieu dans une perspective chrétienne) demande un profond travail de construction, de conversion, car il passe avant moi-même. Peut-il y avoir un vrai don (gratuit donc) d’Amour dès-lors que ce travail n’est encore qu’à l’état d’ébauche ?

      De plus, apprendre à connaître l’autre, c’est aussi apprendre à communiquer avec celui que j’aime, apprendre à comprendre les divers langages de ses yeux, de son sourire, comprendre ce qu’il ne dit pas, ce que disent certains silences que je dois respecter, ce qui ne va pas, ce qui l’angoisse au delà des mots… Mais c’est aussi apprendre à se disposer à écouter quand l’autre en a besoin. Sur ce point, l’amitié entraîne à cette ouverture aux autres comme une propédeutique à l’Amour conjugal. Cette communication est un travail de tous les jours, le mariage ne marque pas la fin mais une étape, porte ouverte sur la vie. Et la vie concrète. Aimer l’autre c’est ainsi l’aimer dans la vie de tous les jours, dans ses négligences, ses maladresse etc… Sera t-on capable d’aller au delà ? La vie à deux c’est cette communication quotidienne, le risque persistant de la monotonie si je reste passif, considérant l’autre comme un acquis. Comme une flamme à besoin de bois sec, j’ai besoin d’entretenir l’ardeur de l’Amour, de redire et re-signifier mon Amour à l’autre.

      L’attente de l’autre est aussi un moyen de se confronter aux attentes et à la solitude de la vie qu’il y aura aussi après le mariage, dans la vie de tous les jours  : absence de l’un ou l’autre conjoint (raisons professionnelles, maladies…), moment nécessitant une abstention (dans le cas des régulations des naissances d’une manière non artificielle mais en accord avec la nature de la femme), période post-grossesse (avec nécessité parfois, suite à diverses opérations, de ne pas avoir de rapports), ou simplement refus de l’autre (fatigue etc…)… Si je ne suis pas capable d’attendre l’autre avant de m’engager, n’est-ce pas le risque d’être incapable de cette attente après le mariage ? Et de considérer l’autre comme un objet de désir immédiat ?

      Se marier c’est dire à tous : « Vous êtes les témoins de notre Amour, de l’Amour que je porte à l’autre avec qui je veux faire ma vie ». C’est aussi une preuve de la maturité de la relation, capable de s’engager et d’assumer les conséquences de cet engagement. Ce n’est pas se donner à l’autre et l’aimer en « sursis » mais c’est être capable de dépasser ses défauts, de supporter ses différences de caractère qui pourront peut-être me contrarier. Cette preuve d’Amour officielle, devant tous, devant Dieu aussi (explicitée dans le mariage chrétien) donne un sens nouveau à la relation. Se marier ce n’est pas par tradition, pour avoir une belle cérémonie ou pour faire plaisir à la belle famille, mais pour signifier l’engagement de l’Amour que je prends avec l’autre et ce qu’il implique dans son ouverture à la fécondité. C’est aussi montrer l’importance que j’accorde à ma relation au point de dire à l’autre que je veux l’aimer pour la vie et à chacun, qu’il s’agit d’une union indissoluble. De plus, par le mariage chrétien, c’est le moyen de sacraliser l’union, et de suivre la volonté de Dieu, pour moi, personnellement.

      Du point de vue du mariage chrétien donc, cette attente de l’autre avant le mariage qui passe aussi par une abstinence sexuelle, véritable lutte contre une volonté charnelle naturelle et insistante, trouve sa source dans le sens même de l’engagement chrétien. Rapidement : l’union sexuelle est à l’image de l’Alliance entre Dieu et les Hommes, c’est la sacralisation de l’Amour sur l’autel des époux (qui désigne le lit du couple), moyen de participer à un Amour qui va bien au delà de l’eros (amour physique) et qui se tourne vers l’Agapé (amour spirituel). Une dimension divine s’inscrit dans cet acte même, qui n’est pas anodin. L’engagement au jour du mariage ne se fait donc plus seulement devant les Hommes mais aussi devant Dieu qui rend l’Alliance sacrée. C’est Dieu lui-même qui unit les époux dans le mariage. Attendre l’autre, c’est donc prendre conscience de l’importance de cette union charnelle, mûrir le sens de ce don des corps, chercher vers quoi il se tourne, ne pas se contenter de s’aimer de façon très personnelle, presque cachée, et trouver dans l’exclusivité du don, une manière éminemment personnelle de se donner à l’autre. Par « exclusivité », je ne parle pas seulement de la virginité mais aussi de la fidélité, un des piliers fondateur de la relation (et condition de son épanouissement dans la confiance).

      Si la virginité peut ne plus être présente physiquement, elle peut se retrouver autrement dans une attente authentique de l’autre, une réelle réserve de soi pour cet autre, malgré cette connaissance passée du plaisir sexuel inscrite dans le cerveau, qui, insistante, sera d’autant plus difficile à réprouver. C’est un moyen de retrouver une certaine virginité, un moyen de redire à l’autre qu’il n’est pas simplement une relation comme une autre sur une « liste », mais celui que je voudrais aimer d’une façon exclusive, à qui je ne veux donner une partie de moi-même sans être certain qu’il en sera le garant, continuellement. C’est aussi la preuve, que je veux l’attendre pour ce qu’il est profondément, que je veux redécouvrir l’exclusivité de ce premier abandon avec celui qui partagera ma vie, que je veux lui offrir cette réserve, comme un nouveau départ.

      Par cette attente, il ne s’agit pas non plus de voir dans la religion chrétienne une mise au second plan du don sexuel. Bien au contraire, considérant la Beauté de cet acte, il ne peut être bradé au plus offrant ou même réduit à sa seule performance, ou bien même encore : donné de manière partielle. De plus, c’est aussi un temps de « préparation au mariage », un temps où l’on pose les bases de l’édifice de l’Amour, où l’on se questionne autrement etc…

      →  La question « Pourquoi ne pas vivre avec l’autre pour savoir si c’est le bon ? » me paraît donc contradictoire. C’est dire en fin de compte : « Tout en faisant comme si c’était le bon, pourquoi ne pas vivre avec l’autre pour savoir si c’est le bon ? ».

      Vivre avec l’autre, c’est vivre comme si cet autre était le bon. C’est fausser d’emblée le sens de la relation et prendre l’ « habitude » de l’autre sans connaître réellement ce qu’il est. Évidement, découvrir ses défauts sera d’autant plus pénible et surprenant qu’il sera probablement bien différent de nos « attentes ». C’est aussi forcer la relation, ne pas laisser le temps de se connaître en profondeur. C’est aussi le risque de se donner précipitamment, comme si l’autre était le bon, tout en sachant au fond de soi qu’il l’est peut-être, mais qu’en « sursis ».

      Il n’y a donc plus lieu de se poser la question puisque l’on force la réponse et qu’on ne laisse pas, honnêtement, le recul nécessaire à la clairvoyance…

      Il ne faut pas non plus être idéaliste sur le fait de vivre avec l’autre : le désir sexuel sera forcément présent, insistant peut-être au delà de la volonté, dans une situation trop intime, avec la présence du lit qui appelle au confort d’une étreinte brûlante, au sortir d’une douche et la sensualité d’une nudité suggérée etc… On ne peut vivre avec l’autre tout en restant à sa place de « jeunes amoureux » ou « d’amoureux non engagés ». Le désir des corps étant présent, d’une façon tout à fait normal, y résister dans de telles situations ne sera pas simple voir impossible. C’est ainsi fabriquer une vie de couple déjà établie, tout en se demandant encore si l’autre est réellement celui avec qui je veux fonder mon couple.

   De plus, dans une perspective chrétienne (et pour les raisons explicitées précédemment ainsi que dans cet article), l’abstinence sexuelle doit se faire sans « attente à moitié », sans ambiguïté pour soi et pour les autres : si l’on vit ensemble, comment affirmer et revendiquer le sens de l’abstinence pour l’entourage ? Ne soyons pas dupe, ni naïf, peu croiront au caractère très « sage » du couple. Y croirions nous seulement ?

      En ce qui concerne cette crainte de ne pas supporter l’autre sans avoir vécu au préalable avec lui, si l’Amour passe aussi par les petits riens de tous les jours, un Amour authentique est aussi capable de surmonter ces petits riens dérangeants que l’autre pourra « imposer », parce qu’il n’est pas celui que je voudrais qu’il soit mais – il est -, tout simplement. Et apprendre à l’aimer pour ce qu’il est ne se fait pas du jour au lendemain mais se construit sur du long terme. De même que je découvre l’autre, je me découvre autrement confronté à sa présence et confronté à la solitude, seul face à ce que je suis.

      Être constamment avec l’autre (dans cette période où l’on se demande si l’autre est le bon), ne permet pas d’avoir le recul suffisant pour discerner en tout état de cause. Cela ne me permet pas de voir clairement là où j’en suis dans ma relation avec l’autre, ce qui pourrait fortement remettre en cause cette même relation (avis trop divergent sur des points cruciaux telle que l’éducation des enfants par exemple) ce qui, au contraire, n’est pas un obstacle insurmontable, ce que j’aime réellement chez l’autre, ce que j’aimerais approfondir, ou rediscuter etc… Laisser une petite distance rappelle que je ne suis pas encore sûr que c’est la bonne personne et que je devrai peut-être m’en séparer, ou au contraire, avancer encore avec elle. Comment savoir honnêtement si l’autre est le bon alors que je fais tout pour qu’il le soit ? Il ne s’agit pas non plus d’agir dans le sens contraire mais de trouver un juste milieu. Le jugement ne peut s’opérer objectivement sans que chacun puisse, parfois, trouver dans la solitude un moyen de connaître ses propres aspirations, ses craintes, ce qu’il est vraiment et ce qu’il aime réellement chez l’autre.

      Quant à la question de l’accord des corps, crainte qui motive souvent un rapport sexuel « test », cette façon de faire se dissocie complètement du sens de l’acte sexuel, comme manifestation la plus profonde de l’Amour. L’Amour doit viser la gratuité et le don désintéressé, pas un « test » afin de savoir s’il y a accord ou non. N’est-ce pas un peu matérialiste ? Le rapport sexuel en lui-même, n’a pas besoin d’un « mode d’emploi » quelconque. En revanche, la connaissance réelle de l’autre a besoin d’apprentissage. L’accord est d’abord dans l’esprit. Le partage, le don de soi demandent un certain temps pour trouver leur juste accord, pour s’ « apprivoiser ». Ce temps permet de découvrir l’autre dans sa façon d’être, dans ses attentes. L’accord sexuel en lui-même est en écho à ce qu’est réellement la personne. Par cette connaissance profonde de l’autre, le rapport sexuel ne peut être totalement discordant. La relation et les sentiments authentiquement amoureux qui s’en dégagent ne peuvent se faire avec un autre totalement opposé à ce que je suis.

      Mais, il peut aussi y avoir une forme d’apprentissage dans la tendresse de l’acte sexuel, dans ce que l’autre préfère intimement, dans une recherche de diverses formes de plaisir, qui vont pimenter l’acte tout en respectant la nature de la femme / de l’homme, et sans poser le « fond » de l’acte (ce qu’il signifie) au second plan. S’accorder avec l’autre sexuellement c’est d’abord le connaître dans ce qu’il est plutôt que dans ce qu’il fait. L’autre ne se réduit pas à sa seule performance, et peut-être faudra t-il trouver un temps d’adaptation, comme deux partenaires de danse s’ « apprivoisent » doucement. La personne est un tout et ses diverses dimensions ne s’opposent pas les unes aux autres. Il n’y a donc pas d’inquiétude à tomber, à mon sens, sur une incompatibilité sexuelle à partir du moment où chacun est disposer à rechercher le meilleur pour l’autre, à s’accorder à son « rythme ». Quant aux cas d’incompatibilités chromosomiques qui empêchent littéralement la fécondité, ce genre de cas reste extrêmement rare. De plus, la fécondité du couple dans l’altérité sexuelle ne se limite pas à cette procréation uniquement biologique (cf. adoption, accueil d’autres familles etc…).

      Il m’apparaît donc inutile de rechercher à tout prix s’il y a ou non compatibilité sexuelle car elle n’est qu’un écho à l’identité, la personnalité de la personne que l’on aime. S’interroge t-on s’il y a ou non incompatibilité dans le sentiment d’amour que j’éprouve réellement pour l’autre ? Non, car si tel était le cas, la relation n’existerait pas. Ou du moins, elle ne durerait pas. Si elle existe, c’est qu’il y a au moins une part d’accord dans ces sentiments. Toutefois, dans cet accord des sentiments, la relation a déjà commencé à se construire. Mais, s’il doit y avoir rupture, et à la différence de l’acte sexuel, elle engage beaucoup moins sa personne que l’acte de don très intime des corps. La séparation sera bien « moins » douloureuse.

      Rechercher s’il y a ou non compatibilité sexuelle, c’est aussi s’interroger sur la relation d’une façon contradictoire : pourquoi rechercher la compatibilité d’un acte qui manifeste en profondeur l’Amour du couple, si cet amour n’est encore qu’à ses balbutiements, s’il n’est pas encore établi d’une façon solide ? Car l’harmonie sexuelle n’est que le miroir d’une relation qui est épanouie, et cet épanouissement ne se fait pas dans la précipitation. De plus, n’y a t-il pas le risque de réduire ainsi l’autre à sa seule performance sans voir d’abord qui il est réellement ? Rechercher à tout prix cette compatibilité, n’est-ce pas aimer l’autre uniquement d’un point de vue de sa compétence sexuelle au détriment de ce qu’il est ? En effet, si je suis incompatible sexuellement avec l’autre, j’estime que je ne peux continuer ma relation. La question de l’incompatibilité sexuelle est donc l’unique argument mettant un terme à la relation, au détriment de ce que je vivais avec l’autre en dehors de la sexualité. Ainsi, le couple s’interdit toute recherche et travail pour un accord authentique.

      L’Amour que je développe avec l’autre prend du temps, ce temps me donne la possibilité de m’ouvrir au delà de moi-même, de ne pas demeurer à des inquiétudes très « techniques » qui, naturellement et dans le temps, s’effaceront par le connaissance profonde de l’autre, par la complicité qui s’établira peu à peu. En recherchant un accord tout de suite, que ce soit après quelques semaines ou plusieurs mois, on ne peut replacer le désir à sa place, c’est à dire : après la raison qui doit juger mon rapport à l’autre. Encore une fois, le désir peut se porter sur diverses personnes alors que le sentiment amoureux authentique a une certaine exclusivité.

      Finalement, ne pas vivre avec l’autre pour savoir si c’est le bon c’est se poser honnêtement la question tout en gardant un recul nécessaire. C’est laisser le temps de la réponse sans mettre en place celle que l’on voudrait entendre. C’est ainsi éviter de créer une exigence de vie de couple qui implique d’emblée cette idée que l’autre est le « bon ». Il ne s’agit pas de vivre à l’essai mais de chercher les meilleures conditions pour laisser grandir l’Amour entre les deux personnes, la confiance et l’écoute de l’autre, avant de chercher ce qui n’est « que » la manifestation de ce même Amour. Il s’agit plutôt de s’interroger sur ce que représente pour moi et pour l’autre, les quatre piliers fondateurs d’une relation de couple que sont : la fidélité, l’indissolubilité, la fécondité, la liberté

      Suis-je capable de les vivre ? Suis-je capable d’envisager chacun d’eux avec celui que j’aime ? Ou est-ce que je vis à l’essai ? Est-ce que je crois à ma relation seulement tant qu’elle marche ? L’ouverture du couple dans sa fécondité me paraît-elle optionnelle ou au contraire un des points importants d’une relation ouverte à la vie et pas seulement au seul confort presque « narcissique » du couple ? Suis-je moins libre parce que je m’engage ? La liberté consiste t-elle seulement à céder à la multiplicité de ses désir ou à viser l’exclusivité du sentiment d’Amour envers l’autre ? Le « Oui » que j’envisage est-il pleinement libre, la preuve d’une décision mûrement réfléchie, décidée en tout état de faits ? Ou est-il forcé par les circonstances, ou par peur de la solitude ou encore par un engagement physique ou matériel déjà inscrit dans mon quotidien ? Etc…

      Autant de questions que le temps permet de clarifier et où chacun doit s’interroger personnellement mais aussi avec l’autre sur ces divers points fondamentaux. Cela, sans chercher à tout prix des réponses pour se rassurer, ou pour croire en quelque chose qui n’existerait finalement que « forcé » par les circonstances d’un « vivre ensemble » précipité …

      Enfin, le fait que ce soit les couples ayant cohabité ensemble qui divorcent le plus, devrait interroger sur le sens d’une cohabitation précipitée…

Quelques références :

           A propos de l’incompatibilité sexuelle :

« Il n’y a que peu d’incompatibilité mécanique possible entre un homme et une femme : la réussite de la relation sexuelle ne dépend que peu du “physique” proprement dit,  mais sera par contre fortement influencée par la qualité émotionnelle de la relation, la confiance mutuelle des conjoints, les “représentations mentales” qu’ils se font de la sexualité (par exemple : c’est beau ; c’est sale ; …), les expériences déjà vécues dans ce domaine, etc. Mais surtout de leur capacité de dialoguer sur le sujet : trop souvent, on croit que l’autre va deviner ce qui fait plaisir, deviner les attentes, deviner ce qu’il doit faire ou ne pas faire. Et bien non ! L’autre ne devine pas, il faut dialoguer sur ce sujet ! »

> Lire plus : L’incompatibilité sexuelle

        A propos du temps d’attente privilégié des fiançailles :

  • « Est-ce « s’essayer » mutuellement : « si ça colle entre nous, au lit et dans le rangement de l’appartement, on peut se marier » ?

    Dans ce cas comment expliquer que ce sont les couples qui ont cohabité qui divorcent le plus ?

  • Est-ce se découvrir déjà « sous toutes les coutures », sans réaliser que donner son corps c’est déjà se donner et qu’une rupture (qui doit être envisageable durant les fiançailles si l’on veut se marier pleinement libres) sera infiniment plus difficile et douloureuse ?

  • Ou est-ce apprendre à s’aimer, se découvrir par le dialogue, le partage d’activités amicales, la rencontre de chaque famille ?

  • Est-ce le temps de la tendresse qui n’exclut pas l’attirance charnelle mais qui veut réserver pour le mariage le don total du corps et du cœur ?

Le théologien Xavier Lacroix note :

    « Une décision véritable doit mûrir de l’intérieur et non être comme dictée par les circonstances. Et le meilleur moyen d’intérioriser une décision est de savoir attendre. Attendre signifie savoir supporter la distance, la solitude et même le vide. Éprouver sa liberté, se mettre en mesure d’être tout entier dans son acte. »

Les fiançailles sont le temps des fondations : la maison n’est pas prête c’est pourquoi on n’y vit pas encore (c’est dans ce sens qu’il ne peut y avoir de « mariage à l’essai ») mais on prépare sa solidité future. »

> Lire plus : Les fiançailles

        Sur l’engagement avec « test » préalable : une garantie ? :

« On essaie la vie à deux. Si ça marche, on se marie. Si ça ne marche pas, on se sépare. Ça parait simple.

L’essai, censé éviter les erreurs d’appréciation du conjoint, ne protège pourtant pas de l’échec. Toutes les études le montrent : le mariage après cohabitation est plus fragile (cf. Cohabiter ou se marier, c h2).

C’est logique : un couple évolue constamment et les difficultés qu’il rencontrera dans l’avenir ne sont pas « expérimentables ». Chaque ménage va donc, en permanence, se « recréer » au travers des différents événements de la vie, chacun va ré-accepter l’autre chaque joie, avec ses réactions parfois inattendues. L’essai n’y change rien.

Il semble même que cette mentalité d’essai prédispose au divorce : « je me marie avec toi si l’essai est concluant » se transforme facilement en « je reste marié avec toi tant que ça marche ». ce qui dispense de passer les obstacles qui paraissent trop difficiles.

Certains veulent l’essai pour vérifier l’entente sexuelle. Ils attachent une importance énorme à l’harmonie physique, et ils ont raison ! Mais attention, cela n’est pas le tout de la vie de couple. L’harmonie sexuelle n’est pas le préalable mais plutôt une conséquence d’une bonne vie de couple. Elle sera d’autant plus épanouie qu’elle aura laissé de la place aux sentiments, à la tendresse, à la complicité, à la connivence, à l’accueil inconditionnel de l’autre avec toutes les facettes de sa personnalité. Que de fois n’a-t-on rencontré d’amants unis par une passion charnelle « torride » qui se réveillaient, un beau matin, comme deux étrangers. Le désir momentanément affaibli, ils n’avaient plus grand-chose en commun. »

> Lire plus : Vivre ensemble ou se marier ?

        De la fragilité des cohabitations :

« C’est un fait, confirmé par les statistiques : les cohabitations sont plus fragiles que les mariages, et ceux qui se marient après avoir cohabité divorcent deux fois plus que ceux qui n’ont pas cohabité.

A partir de ce qui précède, on peut tenter d’analyser les points de fragilité des couples de cohabitants. »

> Lire plus : Pourquoi la cohabitation est-elle plus fragile ?

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