Légaliser pour encadrer… (American Nightmare)

PHO2ad03c5c-d1bb-11e2-a500-4affa5658f57-805x453Synopsis du film :

Dans une Amérique rongée par une criminalité débridée et des prisons surpeuplées, le gouvernement a donné son accord pour qu’une fois par an, pendant 12 heures, toutes activités criminelles, meurtres inclus, soient légalisées. La police ne peut intervenir. Les hôpitaux suspendent leurs services. Une nuit durant, les citoyens sont à même de définir leurs propres règles et de faire leur propre loi, sans avoir à craindre de sanctions. Au cours d’une telle nuit hantée par la violence et le crime, une famille va devoir faire un choix – bourreau ou victime ? – face à un inconnu venu frapper à sa porte. (Source : allo ciné)

         Le principe du film est donc simple :

       Légaliser les meurtres une fois par an (« Libérez la bête qui est en vous ») afin de maintenir un taux de violence quasi-inexistant le reste de l’année, tout en garantissant un taux de chômage à 1%. Ce taux si faible étant dû, entre autre, à l’explosion des ventes de systèmes de sécurité et des ventes d’armes.

      C’est dans cette ambivalence entre des éléments réels, comme l’intérêt financier que représente le marché des armes ainsi que celui des systèmes de sécurité, et des aspects plus fictifs comme la légalisation d’une telle disposition, que se pose l’idée générale du scénario. Placé du point de vue du numéro 1 des ventes de systèmes de sécurité nous sommes directement pris à parti par un citoyen américain encourageant cette loi.

      De prime abord, une telle disposition choc, tout comme les premiers spectateurs de Bienvenue à Gattaca devaient l’être devant cet épisode du film : le choix des « caractéristiques » physiques d’un enfant. Peut-être que ce choc était lié aux mémoires encore « imprégnées » du récit des grands-parents ou arrière grands-parents ayant connu une certaine époque (celle dont on ne doit pas prononcer le nom) marquée par la recherche d’une race parfaite suivant les critères d’un seul homme (dont on ne doit pas non plus prononcer le nom). Pour rappel, Bienvenue à Gattaca (avec le même acteur Ethan Hawke) nous présentait les critères sélectifs de parents face à leur futur enfant : choix du sexe, de la couleurs des yeux, des cheveux, du caractère etc. Je vous invite vivement à visualiser cette scène ci-dessous. Aujourd’hui, cette fiction est devenue une réalité légalisée (ou sur le point de l’être) sans que cela ne choc les consciences…

      Peu à peu, American Nightmare nous fait prendre conscience d’un parallèle avec notre société moderne. Ce ne sont pas les faits en tant que tels qui peuvent servir de comparaison mais la base du raisonnement.

      Ainsi, pour encadrer l’usage de la drogue et protéger l’usager, la France a ouvert des salles de shoot. Ce raisonnement me semble aussi absurde que de laisser des gens se brûler afin de réduire les risques d’incendies et dans le but de protéger les pyromanes.

      De même, pour éviter les dérives d’euthanasies, on souhaite légaliser cette dernière pour mieux l’encadrer, la prendre en charge, et pour protéger les patients. Pourtant, les faits montrent que dans les pays où l’euthanasie est légalisée comme en Belgique, les dérives restent nombreuses. A tel point que des personnes âgées préfèrent fuirent le pays. Même (en France), les professionnels de l’écoute des patients en fin de vie entendent souvent cette peur d’être euthanasié, principalement chez des personnes âgées.

      Aussi, concernant l’adoption homosexuelle, ce sont de nombreuses adoptions par des « couples » de même sexe en tant que célibataire qui ont fait pression pour aboutir à une loi permettant une adoption par des « couples » homosexuels, sans falsification de leur situation. Cela toujours, dans le but d’encadrer la pratique et de mettre fin à une « hypocrisie ». « Hypocrisie » pour l’opinion publique mais « hypocrisie » volontairement mise en place par ceux qui connaissent l’issue de ce type de contournement de la loi (issue qui est souvent celle d’une légalisation).

      Ce raisonnement conséquencialiste ne s’attache pas à la racine du problème mais se contente de transformer une pratique illégale en une pratique légale (mais non juste pour autant). Autoriser, même ponctuellement, une pratique déjà excessive, déréglée ou violente ne fait que majorer la carence en une situation équilibrée. Et ce, en donnant au déséquilibre une part de légitimité. Ainsi, ces raisonnements montrent une faiblesse de la loi à appliquer ses propres règles. Elle devient contrainte de s’adapter à ce qu’elle est censée encadrer en amont, renversement de situation maniée à la perfection par les faiseurs d’opinion.

      Outre le fait que le film bâcle son dénouement et n’insiste pas assez sur toute l’envergure qu’un tel principe imposerait à une société, il a le mérite de nous interroger sur un raisonnement qui semble motiver certaines de nos lois actuelles.

      De plus, rien qu’à lire les commentaires de cet article sur une femme retrouvée morte et mangée par les animaux qu’elle battait, on ne peut que s’interroger sur ce lynchage (encore) virtuel. A son sujet, les internautes se sont défoulés, dénonçant la cruauté de la sexagénaire envers ses animaux, sans s’inquiéter de leur propre cruauté envers leurs semblables : « Bien fait !!!! J’espère simplement qu’elle ai souffert !!!! La cruauté animalière et infantile je ne supporte pas cela. » et autres commentaires exemplaires pour qui dénonce la cruauté…

      Notons au passage que c’est une expérience personnelle qui a donnée au scénariste et réalisateur James DeMonaco l’idée principale du film : « Ce dernier était en voiture avec sa femme, lorsqu’un chauffard peu prudent l’a presque embouti : « Quand nous sommes repartis, ma femme m’a dit : ‘Si seulement on avait droit à un meurtre, une fois par an.’ Ça m’a choqué (…). Et ça n’est pas sorti de ma tête », raconte-t-il. Ce n’est que quelques années plus tard qu’il a décidé de faire le film, se rendant compte, lors d’un séjour au Canada, de la différence de degré de violence des événements relatés dans les journaux de ce pays par rapport aux États-Unis. Il a donc voulu s’intéresser à la fascination que semblent avoir ses compatriotes pour la violence. » (Source : allociné).

      Finalement, peut-être qu’un sondage après le visionnage du film surprendrait de la proportion d’individus favorables à une organisation de la sorte, pour encadrer les dérives et surtout, pour « libérer la bête qui est en vous »…

Une réflexion sur “Légaliser pour encadrer… (American Nightmare)

  1. Pingback: Empoisonnement de personnes âgées : une affaire "pour" relancer le débat sur l’euthanasie ? | Phronèsis

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