Empoisonnement de personnes âgées : une affaire « pour » relancer le débat sur l’euthanasie ?

7767827777_photo-d-illustration-d-une-dame-agee-dans-une-maison-de-retraite-a-angervilliers-le-18-mars-2011       L’affaire de l’aide soignante ayant empoisonné des personnes âgées tomberait t-elle à pic pour relancer le débat sur l’euthanasie ? Alors que ce sujet est latent dans notre société moderne qui prône le « droit à mourir dans la dignité », la question doit être posée.

Il y a quelques années, ce sont les grandes affaires d’euthanasie illégales qui ont motivé ce débat et conduit à vouloir légiférer pour encadrer ces pratiques illégales. On pense notamment à l’affaire Humbert, à l’affaire Malèvre (« l’infirmière compassionnelle »), à l’affaire Pierra etc. Le principe est simple : il consiste à transgresser la loi, à attirer les médias autour de cette transgression pour amener l’opinion à vouloir légaliser pour encadrer les dérives (alors même qu’elles continuent dans les pays, comme en Belgique, où l’euthanasie est légalisée).

L’article qui nous intéresse du journal Le Point semble prendre délibérément position sur le sujet :

« Cette femme de 30 ans, employée de l’établissement depuis l’été 2012, a administré un « cocktail de psychotropes » à neuf pensionnaires, « qui n’étaient pas en fin de vie » selon le parquet. »

Pourquoi préciser « qui n’étaient pas en fin de vie » ? Une personne étant en fin de vie peut-elle être empoisonnée pour autant ? Tout est fait pour insinuer dans les consciences (et préparer les débats sur cette loi) qu’une personne en fin de vie doit nécessairement pouvoir « choisir » de mourir « dans la dignité ». En faisant de la dignité une condition extrinsèque à la personne on peut alors lui laisser le choix de mourir, voire décider à sa place qu’elle n’est plus digne de vivre ainsi et qu’il convient de mettre un terme à une vie dite « indigne ». Pourtant, la dignité demeure intrinsèque à la condition humaine par le fait même de notre humanité. Il n’y a pas de degrés de dignité ou de perte de dignité (de même qu’il n’y a ni degrés ni perte d’humanité) à cause d’éléments accidentels de la vie humaine, autrement dit, à cause d’éléments qui ne définissent pas ce qui fait le propre de l’Homme.  A ce titre, on ne peut décider que la dignité puisse être perdue par la souffrance (qui renvoie à sa propre finitude et dérange) ou par une situation de perte d’autonomie.

«  »la suspecte a reconnu avoir voulu soulager les souffrances de six personnes, qui sont décédées depuis début octobre, elle n’a pas reconnu pas avoir voulu les tuer » »

Encore une fois, ce sont les bon-sentiments (« soulager ») qui motivent l’empoisonnement des personnes âgées, qui est justifié par le fait que « « pour la plupart », elles étaient « âgées, voire très âgées », et souffraient de « pathologies lourdes » » (foutu pour foutu…). Est-ce seulement l’aide soignante  qu’il faut condamner (affectée par le décès de sa mère ; qui ne faisait plus de distinction entre l’empathie et la compassion envers ses patients) alors qu’elle a agi comme le demande les revendications actuelles d’euthanasie de notre société et de nos politiques, et comme le prône l’omniprésence du « culte de la jeunesse » ?

A force de prôner l’euthanasie on arrivera nécessairement à ces cas ( voulus ? provoqués ?) de transgressions qui relanceront avec plus de véhémence le débat sur l’euthanasie, excusant d’avance l’aide soignante qui n’a voulu que « soulager ». Et ce, sans prendre en compte  le choc des personnes âgées et leurs inquiétudes face à ce qui leur est réservé dans une maison de retraite ou un hôpital, lieux censés accompagner la personne dans sa souffrance et dans ses craintes face à la mort…

Dans un futur de plus en plus proche, on peut se demander sur quoi reposera fondamentalement le droit de chacun à vivre, malgré ce qui affecte nécessairement (naturellement) son humanité (la vieillesse) ou qui peut l’affecter (le handicap, la maladie etc.)…

Une réflexion sur “Empoisonnement de personnes âgées : une affaire « pour » relancer le débat sur l’euthanasie ?

  1. Pingback: Le cas Bonnemaison relance le débat sur (l’accélération de) la fin de vie | Phronèsis

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s