Le cas Bonnemaison relance le débat sur (l’accélération de) la fin de vie

151130_640_371Le cas du médecin Bonnemaison et l’empoisonnement de sept patients en fin de vie fait partie de ces nombreux scandales utiles à l’avancement d’un débat unilatéral sur la légalisation de l’euthanasie. Unilatéral, car le médecin, se défendant d’avoir voulu tuer les victimes et réfutant être un “militant de l’euthanasie”, est excusé d’avance au regard de sa “personnalité fragile” tout en étant soutenu par de nombreuses personnes (comité de soutient, commentaires d’internautes etc.) dont la femme de l’une des victimes, Patricia Dhooge : “Nicolas Bonnemaison est quelqu’un de bon, qui m’a aidée, qui a été présent. J’ai envie de lui dire merci et que je suis désolée de ce qui lui arrive”. (cf. le Figaro)1

Malgré utilisation de « l’Hypnovel, un puissant psychotrope, et au moins une fois de Norcuron, à base de curare, substance entraînant la paralysie des muscles respiratoires utilisée en anesthésie-réanimation. » (source : actu Mayotte), substances censées soulagés les patients en fin de vie mais ayant provoquées un décès à 7 reprises2, le médecin parle d’une volonté de “soulager” la souffrance et certains médias refusent la comparaison avec Marie Besnard surnommée “l’empoisonneuse”. N’y a t-il pas là une volonté d’affaiblir l’intention réelle de l’acte et ses conséquences (s’il faut garder à l’esprit la présomption d’innocence, il ne faut pas non plus renoncer à comprendre les intentions profondes des acteurs qui agissent dans le contexte actuel du débat sur l’euthanasie) ? D’ailleurs, sur le site du Figaro, en dessous du titre en gras “Pas en assassin”, on pouvait lire :

“De son côté, Nicolas Bonnemaison n’a pas nié les faits. Cas après cas, il a repris les faits médicaux qui l’ont conduit à administrer des médicaments potentiellement létaux (l’Hypnovel et le Norcuron notamment) à chaque patient. Il évoque des «souffrances psychiques et physiques» intolérables. À chaque fois pendant plusieurs mois, il assure avoir appliqué le «protocole» de sédation pour détresse en phase terminale en vigueur, pour décider d’abréger les dernières souffrances. Il reconnait avoir agi seul, sans en informer l’équipe soignante, «pour ne pas la mettre en difficulté, pour lui épargner cette souffrance». Mais, surtout, sans avoir clairement consulté les familles des malades.”

En résumant le patient à sa souffrance, on remarque que le fait d’abréger ses souffrances ou de les soulager ne prend plus en compte le patient dans son intégrité physique. En effet, un authentique soulagement implique le recourt aux soins palliatifs qui s’attachent à agir sur la souffrance au profit d’une fin de vie améliorée, et non pas à éliminer le patient pour exclure toute souffrance.

Reconnaitre de la part des médias qu’une telle action revient simplement à tuer et non à soulager (qui implique une continué de vie de la part du sujet souffrant) et reconnaitre  du côté du médecin que son action a conduit simplement à une euthanasie (déguisée ?) reviendrait à qualifier la réalité trop abrupte de l’euthanasie. On comprend alors les nombreuses manœuvres utilisées, à travers le lexique employé, pour ne pas désigner directement le réel. L’évolution des qualifications qui renvoient à l’abandon de la responsabilité de chacun face à la fin de vie illustrent parfaitement cette manipulation intellectuelle des promoteurs de l’euthanasie, qui voient dans la notion de dignité et l’accompagnement en fin de vie (“mourir dans la dignité”) la suppression pure et simple du porteur de cette même dignité. Ainsi, relativement aux avis du Comité Consultatif National d’Ethique, on passe de l’expression « acte de donner la mort à un malade » à « accompagnement des fins de vies » pour se diriger vers l’”engagement solidaire et l’exception d’euthanasie » (sans doute pour encadrer les dérives, avant de légitimer par soucis d’égalité) et pour arriver aujourd’hui à : « fin de vie, autonomie de la personne, volonté de mourir ».

Devant cet éloignement face au réel, et dans un contexte où l’allongement de la durée de vie et l’augmentation du nombre de personnes âgées3 posent des questions complexes d’ordres économiques et territoriales aux politiques publiques, il convient de s’interroger en profondeur sur la considération de notre société face aux personnes les plus vulnérables tout en restant vigilant face aux évènements médiatiques jouant sur l’émotion…

 

1. Il semblerait que cet extrait ait disparu de l’article, la recherche de la phrase complète sur google débouchant pourtant sur le lien du Figaro    (cliquer pour afficher)
2. Une telle approximation dans les conséquences de l’usage de ces produits de la part d’un médecin, ne peut manquer d’interroger…

3. 75 ans et plus, deux fois plus nombreux en 2060 (source INSEE)

 

Une réflexion sur “Le cas Bonnemaison relance le débat sur (l’accélération de) la fin de vie

  1. Pingback: La France et l’euthanasie "non volontaire" | Phronèsis

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