Handicap et sexualité

73403055-700x391Dans le cadre d’une lecture sur le handicap, je découvre que la Belgique, l’Allemagne, le Danemark, l’Autriche, la Suisse etc. autorisent la pratique « d’assistant(e) sexuel »   dans le cadre d’un « droit à la sexualité » pour les personnes handicapées. Cette pratique est discutée en France, certains la comparant à une forme de prostitution.

« L’accompagnement sexuel est assuré par des hommes et des femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle, pratiquant la prostitution ou exerçant dans les milieux paramédicaux, sociaux et médico-sociaux. Cela peut aller du simple corps à corps à la pénétration, en passant par la masturbation. Il n’y a généralement pas de baisers afin d’éviter qu’il y ait une connotation trop sentimentale. Pour instaurer un climat apaisant et de confiance, l’assistant sexuel peut utiliser de la musique d’ambiance, des bougies ou encore des huiles. En Suisse ce service est rémunéré entre 100 et 150 euros, quelle que soit la nature de la prestation fournie. Les assistants sexuels sont sélectionné et reçoivent obligatoirement une formation. » (source)

« S’agit-il de faire l’amour aux handicapés? L’aide peut aller jusqu’à l’acte de pénétration. Mais l’assistant sexuel fixe lui-même les limites qu’il ne veut pas franchir. En Suisse, certains assistants se limitent aux câlins et aux caresses. D’autres, comme Lorenzo, «refuse d’embrasser pour ne pas s’engager émotionnellement » mais accepte de pratiquer des masturbations.

L’assistant est-il rémunéré ? En Suisse, l’assistant touche 150 francs (120 euros environ) quelle que soit sa prestation. Créée en 2009, l’association Sexualité et Handicap Pluriels (SEHP) a formé douze personnes. Environ 200 rendez-vous ont été organisés depuis assure Catherine Agthe, sa présidente. » (source)

Notons l’utilisation du terme « prestation » relatif à cette « accompagnement sexuel »  comme un « droit » : la sémantique se place sur le même registre que n’importe quel autre droit ( prestation de compensation du handicap, accessibilité, formation professionnelle etc.) affaiblissant par là-même toute la spécificité et la complexité de cette demande des personnes handicapées.

Une telle dissociation entre sexualité et sentiments (peut-être la raison pour laquelle  « la demande vient plus des hommes que des femmes », source) interroge : peut-on seulement parler d’un droit à la sexualité comme un droit à disposer de quelque chose qui par définition est altérité et rencontre d’un(e) autre ?

Notre société s’évertue à dissocier les sentiments amoureux de la sexualité sans pour cela être rassasiée des multiples expériences qu’une telle dissociation implique. Est-elle pour autant plus heureuse ? Satisfaite ? Ou une nouvelle fois à la recherche d’autres expériences pour chercher ailleurs ce qu’elle ne trouve pas en elle ? La consommation (et « compensation ») toujours plus vorace relativement aux nouvelles technologies et au sexe, semble l’éloigner de ce qu’elle ne cherche plus : la réhabilitation de la sexualité dans l’ensemble plus grand qui la justifie : l’agapé.

A ce titre, ce « droit » est dangereux et malsain, réduisant la sexualité à une simple « décharge pulsionnelle » dont la femme est souvent l’outil, le moyen, puisque les hommes sont les principaux demandeurs de tels « droits ». Nous sommes purement et simplement dans une réduction de la femme et de l’homme à de simples objets de plaisirs, où l’un ou l’autre se prostitue (cf.rémunération). Sans compter le risque de violences bien connu dans le monde de la prostitution.

Aider et donner les moyens pour une affectivité authentique des personnes handicapés est un objectif noble et qu’il faut rechercher. Mais cet accompagnement de personnes fragilisées ne doit pas se faire en risquant de les fragiliser encore plus. La dissociation entre la sexualité et l’attachement qui peut en découler est destructrice : l’acte sexuel engage davantage son corps et son intimité qu’un baiser. Refuser ce baiser pour ne pas impliquer l’émotion ou le sentiment (par définition aussi présents dans l’acte sexuel) est un « argument » hypocrite et qui ne se fonde pas dans le réel de la relation.

Que l’affectivité et les sentiments amoureux d’une personne handicapée puisse mener vers un désir de sexualité est normal. Mais :

– Il faudrait s’interroger sur ce sentiment en lui-même pouvant conduire à la sexualité. Par exemple, certaines personnes trisomiques ont une très grande affectivité mais de l’ordre de celle d’un enfant, bien qu’étant adulte. Autoriser une telle sexualité serait profondément malsain et pervers. Un esprit d’enfant dans un corps d’adulte ne peut conduire à une maturité suffisante pour des sentiments amoureux et l’acte sexuel.

– La finalité et les conséquences de ces actes sexuels doivent aussi être pris en compte. Qu’est-il réellement recherché au delà de la demande de sexualité ? Mimétisme ? Simple « déchargement pulsionnel » ? Procréation ? En ce qui concerne ce dernier cas, les risques liés à une grossesse chez les personnes handicapées empêchent souvent de considérer cette dimension de la sexualité, comme réalisable. Pourtant, certaines personnes handicapées ont le désir d’enfants…

Toujours est-il que la question de la sexualité des personnes handicapées ne se laisse pas enfermer dans une opposition stérile (dans tous les sens du terme) entre sentiments, sentiments amoureux, affectivité et sexualité. La considération de ce pseudo « droit » au même titre qu’un autre, et la sémantique utilisée de manière générale, faussent d’ores et déjà, la portée du débat, toute sa complexité et sa spécifié. Espérons que la France sache garder son indépendance sur le sujet, et que les groupes de travail engagés sur cette thématique ne justifient pas une marchandisation du corps à travers sa prostitution à peine masquée, que le contexte législatif tendait pourtant à combattre il y a quelques mois…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s